Enfin, tout fut prêt, j'étais «paré». Avant d'appareiller, j'envoyai à quelques amis la carte postale suivante:
- 300 litres d'eau;
- 40 kilos de bœuf salé;
- 30 kilos de biscuit de mer;
- 15 kilos de beurre;
- 24 pots de confiture;
- 30 kilos de pommes de terre;
avec une petite flèche pointée vers un but mystérieux et cette vague indication: 4.500 milles.
Je désirais qu'en cas d'insuccès ma tentative demeurât ignorée, et si quelques amis savaient que j'étais parti pour une longue croisière, deux intimes seuls connaissaient mon projet de tenter la traversée de l'Atlantique sans escale.
CHAPITRE IV
L'Atlantique.
E fut le 6 juin à midi que je levai l'ancre. La grande aventure commençait seulement.
Avant de quitter la France, j'avais fait l'acquisition de cartes qui montrent la direction et l'intensité des vents dans l'Atlantique nord.
Un bateau faisant route sud-ouest à la sortie du détroit de Gibraltar doit rencontrer les alizés du nord-ouest et descendre sous les tropiques. Ensuite il fera route vers l'ouest et attendra d'être au sud des îles Bermudes avant de remonter vers New-York.
La ligne droite n'est pas sur un voilier le plus court chemin d'un point à un autre. Un navire allant de New-York à Gibraltar rencontre des vents d'ouest et n'aura guère à couvrir plus de 3.000 milles marins; au contraire, de Gibraltar à New-York un voilier aura à parcourir au moins 4.500 milles.