Cet après-midi-là je vis une énorme baleine couper ma route à l'avant du navire, déplaçant des montagnes d'eau; le monstre marchait en ligne droite, à une vitesse de plus de dix nœuds; probablement poursuivi par des narvals, qui sont ses ennemis naturels, il se souciait peu des obstacles qu'il pouvait rencontrer sur sa route.

La tempête continua toute la nuit. J'avais changé de bord, me dirigeant vers le nord-nord-ouest, et, après avoir établi les voiles de manière que le Firecrest conservât sa route, je dormis dans une couchette qui semblait vouloir se sauver sous moi.

J'étais debout à 4 heures, le lendemain matin, juste à temps pour amener la grand'voile devant un fort coup de vent qui faisait tourbillonner l'écume à la surface de la mer et aurait sûrement déchiré toute ma toile.

Il faisait un sale temps, vraiment. Un vent vicieux poussait devant lui d'énormes vagues avec des crêtes moutonneuses. Quand mon navire plongeait au milieu d'elles, il ensevelissait son avant sous un tourbillon d'écume qui volait dans les voiles et courait le long du pont pour s'écouler à l'arrière.

Une grande armée de nuages noirs cachait le ciel d'un horizon à l'autre, et des amas de nuages d'orage étaient épars à de plus basses altitudes; la pluie frappait durement ma figure avec un rythme lancinant.

J'étais trempé, saturé d'eau de mer, lavé alternativement par l'écume et la pluie, mais il faisait chaud et je ne portais aucun vêtement qui aurait été de peu d'utilité en de telles circonstances. Sans vêtement, je séchais plus vite.

Je ne me plaignais jamais du mauvais temps, qui était la sorte de temps que j'attendais, celui qui met à l'épreuve l'habileté et l'endurance du marin et la force de son navire. Loin d'être impressionné par la majesté de l'océan en furie, je tressaillais à l'approche du combat: j'avais un adversaire redoutable, et, tout joyeux dans la tempête, je chantais toutes les chansons de mer dont je pouvais me souvenir.

Le Firecrest plongeait dans l'écume comme s'il voulait se faire sous-marin, et se couchait lourdement sous les coups de vent; la tempête soufflait droit de la direction où je désirais aller, et le cotre avait à combattre pour chaque mètre qu'il gagnait.

Il ne se comportait vraiment pas mal dans ce mauvais temps. Mais le beaupré était enseveli complètement dans la mer, et quand il sortait de l'eau, je pouvais sentir tout le gréement, le mât et les voiles trembler, et le cotre secoué. Ma confiance dans les haubans du beaupré était faible, si l'un d'eux cédait, je pouvais perdre le beaupré.

Les vagues étaient si hautes qu'il était difficile de prendre une observation; quand, par brefs moments, l'écran de nuages s'entr'ouvrait pour laisser apparaître le soleil, je devais attendre d'être au sommet d'une vague avant d'apercevoir l'horizon.