Cependant, je pus me prouver que j'étais dans la latitude 33° et la longitude 56°.
L'orage continuait, violent; je descendis sous le pont et je découvris que le Firecrest avait embarqué énormément d'eau; les couvertures des claire-voies étaient attachées aussi serrées que possible, mais de temps en temps, un peu d'eau entrait; en bas, tout était saturé d'eau de mer.
La tempête tourna au sud-ouest dans l'après-midi, mais ne diminua nullement; à 7 heures, au moment où j'allais prendre un ris dans la trinquette, celle-ci se déchira de haut en bas. Il était difficile de travailler sur le pont qui était si souvent balayé par les vagues mais je parvins à rentrer en bas la trinquette et à rouler le gui pour réduire la surface de ma grand'voile.
Fatigué et trempé comme je l'étais, je ne pouvais me reposer, mais travaillai une partie de la nuit pour recoudre la voile déchirée. Pendant toute la nuit, ce fut une succession d'orages et de coups de vent.
Le lendemain, la tempête diminua, mais la mer était toujours très forte; pendant environ vingt-quatre heures, le temps fut plus calme, et j'en profitai pour réparer toutes mes voiles.
Le lundi 13 août, mes observations me montrèrent que j'avais couvert environ 45 milles en vingt-quatre heures. Je ne pouvais faire beaucoup de chemin ouest contre ces tempêtes qui me transportaient au nord des Bermudes; je ne pouvais désormais que couper le courant du Gulf-Stream trop à l'est.
L'après-midi de ce lundi, le Firecrest tanguait violemment dans un nouveau vent de tempête et une mer démontée; il ensevelissait constamment son beaupré dans les vagues, et l'effort transmis au mât était très grand; j'étais convaincu à ce moment qu'un long beaupré et la corne de la grand'voile n'étaient qu'une source d'ennuis pour un navigateur solitaire. Je pris la décision de modifier mon gréement après avoir atteint New-York, et de le remplacer par une voilure triangulaire Marconi qui sera équilibrée par un beaupré plus court.
Je renonçai à réparer une de mes trinquettes, car la réparation aurait absorbé tout le fil à voile qui me restait.
Des mers furieuses se brisaient à bord toute la nuit; le lendemain matin tout était mouillé dans le poste d'équipage. A 4 heures du matin je trouvai le Firecrest qui plongeait dans une forte mer et essayait de battre son chemin contre une tempête d'ouest.
Le baromètre baissait, indiquant que, je n'étais pas encore au plus mauvais de l'orage; dans la matinée, la tempête augmenta encore, et vers 11 heures sa force était extraordinaire; en bas, tout était dans un désordre extrême. Il était très difficile de cuire le déjeuner; j'essayai vainement de bouillir du riz quand une vague déferla à bord, et je reçus l'eau bouillante sur mes genoux. Montant sur le pont, je découvris que la vague avait emporté le panneau de ma soute aux voiles, à l'arrière du bateau.