Le jour suivant, je n'eus pas de chance; je réparais mes voiles, quand, à 10 heures, apercevant un poisson d'un mètre cinquante, je le perçai avec mon harpon; mais, en même temps, je perdis l'équilibre et dus laisser aller mon harpon pour ne pas être emporté par-dessus bord. Je ne pourrai plus maintenant attraper de poisson, et j'aurai à me nourrir presque exclusivement de riz.
De nombreux poissons volants qui tombèrent sur le pont me dédommagèrent amplement. C'était le vingtième jour des tempêtes; j'étais saturé d'eau et prenais constamment de la quinine.
Quand je me remémore tous ces événements, je pense que si une seconde vague semblable à celle du 20 août s'était abattue sur le Firecrest, il aurait pu être laissé comme une épave à des centaines de milles de la route des paquebots; pourtant, j'ai le sentiment que j'aurais pu le mener à New-York en faisant, avec les débris du mât, un mât de fortune et en utilisant une petite voile carrée. Peut-être alors aurais-je mis deux ou trois mois de plus pour atteindre la côte américaine.
Mais l'énorme vague fut, en réalité, comme disent les marins, une vague de beau temps. Elle marquait le point culminant de la tempête et annonçait l'approche d'un temps plus favorable.
Pendant vingt jours consécutifs, le Firecrest avait lutté contre des orages et des tempêtes et, finalement, contre cet ouragan qui terminait presque la croisière. Le cotre portait des traces de la bataille qu'il avait livrée contre l'océan.
Des déchirures couraient en zigzags au travers de ses voiles. Un des panneaux avait été emporté par une vague et le beaupré de fortune diminuait tellement la voilure d'avant que tout le plan de voilure était déséquilibré.
J'étais fier de mon navire.
Dessiné et bâti pour la vitesse, il avait prouvé qu'il était un splendide navire de croisière.
Les marques de mon travail de matelot étaient sur les voiles et le gréement. Pourtant, tout était net et en bon ordre.
Incapable de faire beaucoup de chemin ouest contre les tempêtes et le Gulf-Stream, le Firecrest avait dévié au nord et maintenant il était à peu près dans la latitude de l'île de Nantucket, à 360 milles à l'est.