Je leur dis ensuite que je n'avais pas voulu les arrêter, mais seulement leur demander de transmettre un message à New-York, et je leur traçai mon nom et le nom de mon navire sur un morceau de papier.

L'un d'eux me dit qu'il avait apporté de l'eau et des vivres et me demanda si j'en avais besoin. Je leur répondis que j'avais suffisamment de vivres, mais que néanmoins j'acceptais ce qu'ils avaient eu l'amabilité de m'apporter.

Un de ces jeunes officiers me demanda si je désirais savoir ma position et l'inscrivit sur un morceau de papier comme étant 41° de latitude et 62° 30 de longitude. Mes propres observations m'avaient donné une longitude de 66° 40 et j'étais très étonné de constater qu'il y avait une différence de 200 milles. Ils insistèrent sur l'exactitude de leur point. Naturellement, je pouvais penser que mon chronomètre était hors d'usage après avoir été si longtemps secoué à la mer. C'est pourquoi, bien que très confiant dans ma navigation, je gardai sur mon livre de bord les deux positions. Je pus vérifier plus tard que la mienne était correcte, mais je ne saurai jamais si les jeunes officiers se trompèrent ou si le vapeur était lui-même en erreur sur sa route.

Comme mes visiteurs regagnaient leur bord, je découvris que les vivres qu'ils m'avaient apportés ne pouvaient m'être d'aucune utilité. C'étaient trois bouteilles de cognac et des boîtes de conserves que je n'aime pas.

Quelques instants après le vapeur s'éloignait, tous ses émigrants acclamant le Firecrest. Je répondis en saluant de mon pavillon.

Bientôt l'horizon était libre et j'étais heureux d'être seul à nouveau.

CHAPITRE XIII
Le brouillard.—L'arrivée à New-York.

ROIS jours de calme et de brouillard vinrent ensuite. Le Firecrest était au milieu de la route des longs-courriers.

Toutes mes voiles de beau temps avaient été emportées. Avec son court beaupré et sa coque incrustée d'algues, le Firecrest n'avançait pas très vite.