Après mes heureuses années d'enfance à Dinard, on m'envoya à Paris pour mes études et je devins interne à Stanislas. C'est là que je passai les années les plus malheureuses de ma vie, enfermé entre de hauts murs, rêvant de vaste monde, de liberté et d'aventures. Mais il fallait étudier pour devenir ingénieur.

La guerre survint.

J'entrai dans l'aviation. Après avoir éprouvé l'ivresse de l'espace sur mon appareil de chasse, à travers les nuages, je savais que je ne pourrais jamais plus mener dans une cité une existence sédentaire. La guerre me fit sortir de la civilisation. Je n'aspirai plus à y retourner.

Un jeune Américain, camarade d'escadrille, me prêta un jour un livre de Jack London, la Croisière du «Snark». Ce livre m'apprit qu'il était possible de parcourir le monde sur un bateau relativement petit. Ce fut pour moi une révélation et je décidai à l'instant que je tenterais l'aventure, si j'étais assez heureux pour survivre à la guerre.

Plus tard, j'associai deux camarades à mes projets. Nous devions armer un bateau à nous trois et faire route vers les îles du Pacifique.

Mais ces deux amis moururent bravement dans les airs!

Ce fut alors que je pris la décision de partir seul. Abandonnant ma carrière d'ingénieur, je cherchai, une année durant, dans tous les ports français, un bateau dont je pusse assurer la manœuvre sans aide. Il y a deux ans et demi, visitant sur son yacht mon ami Ralph Stock, auteur de la Croisière du «Dream-Ship», je découvris à l'ancre, dans un port anglais, un petit bateau. C'était le Firecrest.

CHAPITRE II
«Firecrest».

VANT de commencer le récit de mon voyage, je tiens à vous présenter mon Firecrest. C'est un cotre dessiné par feu Dixon Kemp et construit par P. T. Harris, à Rowhedge, Essex (Angleterre), en 1892. M. Kemp serait certes bien étonné, s'il vivait encore, d'apprendre que son bateau de course, conçu sous les règlements de longueur et surface de voilure du Yacht Club britannique a traversé l'Atlantique et s'est révélé l'une des meilleures embarcations de tous les temps.