Le détroit se rétrécissait: j'étais maintenant à l'embouchure d'East River. A 2 heures, le matin du 15 septembre, je jetai l'ancre devant le fort Totten; je n'avais pas quitté la barre ni dormi depuis soixante-douze heures. La croisière du Firecrest était terminée: cent un jours auparavant j'avais quitté le port de Gibraltar.
J'avais accompli ce que je voulais accomplir.
CHAPITRE XIV
Premiers jours à terre.—L'esprit d'aventure.
'AVAIS jeté l'ancre devant un fort américain. Au petit jour, des soldats m'aidèrent à amarrer le Firecrest le long d'une jetée. Presque aussitôt un grand nombre de curieux, de photographes et de reporters montèrent à bord. Tous furent très surpris d'apprendre que je venais de France. Le vapeur grec que j'avais rencontré en mer avait bien signalé mon arrivée; mais on avait cru à une farce d'un bateau de pêche français égaré sur les bancs. Quelques-uns aussi me soupçonnèrent de me livrer à la contrebande de l'alcool. Moi qui n'avais pas parlé depuis trois mois, je dus répondre pendant toute une journée aux interminables questions des journalistes. Je dus aussi me prêter aux fantaisies des photographes, et il me fallut même, alors que je n'avais pas dormi depuis trois jours, monter plusieurs fois au haut du mât pour satisfaire aux exigences des opérateurs cinématographistes.
IX.—Alain Gerbault à la barre.
X.—Les premiers pas d'Alain Gerbault sur la terre américaine.
Je n'étais plus chez moi à bord, et mon domaine était constamment envahi par une foule de visiteurs. Je dus de nouveau me soumettre aux tyrannies de la vie civilisée. Entre autres choses, je me souviens qu'il me fut très pénible de me remettre à porter des souliers.