Un enfant de huit ans me conseille de ne pas aller dans le Pacifique qu'il sait très dangereux, car il a peur que je fasse naufrage.
La plus jolie est la lettre d'un écolier américain qui me dit avoir pensé à moi en voyant un aéroplane passer au-dessus de sa fenêtre. Je vais, me confie-t-il, travailler pour gagner beaucoup d'argent, acheter un bateau et comme vous parcourir le monde; mais je dois vous quitter pour apprendre mes leçons.
Un professeur de sciences transcendentales me propose de me prédire tout ce qui m'arrivera dans mes prochaines croisières, offre que je ne puis accepter; car en supprimant l'imprévu de l'aventure elle lui enlèverait son principal attrait.
Un sourcier se fait fort, moyennant la remise du grand prix de l'Académie des Sports, de m'initier aux secrets de sa science, qui me permettra dans ma prochaine croisière de découvrir les trésors enfouis jadis par les pirates dans les îles lointaines.
Un inventeur me décrit un moyen de propulsion par une hélice au lieu d'une voile et espère que je l'emploierai.
Toutes ces lettres extraordinaires ne sont cependant que l'exception. La plupart sont des lettres très sérieuses de gens tentés par l'aventure, voulant lâcher leur situation pour courir des risques—lettres de gens appartenant à tous les milieux, de matelots, d'artisans, de collégiens, d'industriels et de désœuvrés. La plupart veulent tout abandonner et ne me demandent rien. Ce sont toutes ces offres qu'il me coûte le plus de refuser.
Un Français lieutenant de vaisseau, commandant un aviso, veut donner sa démission pour s'embarquer et servir sous mes ordres, offre qui me comble de fierté, mais que je ne puis accepter.
Un ancien commandant de la marine impériale russe me demande de le prendre à mon bord comme simple matelot.
D'une concision émouvante est la lettre de ce volontaire qui m'écrit:
«Je suis un vieux loup de mer, natif de Norvège, âgé de cinquante ans, actif comme un jeune garçon. Je peux faire bien deux choses: mener un bateau à voile et faire la cuisine. Pouvez-vous m'employer?»