Un volontaire que je n'aurais jamais pu accepter est l'ancien marin qui se croit qualifié pour me joindre, car il est un grand malheureux, désespéré de la vie et cela par sa faute. Il désire m'accompagner dans une croisière dangereuse, espérant y rester.

Certes il avait pleine conscience de sa valeur le mécanicien de vingt ans qui m'écrivit:

«Je n'ai peur de rien et possède un rare sang-froid. Vous pourrez disposer de ma vie comme vous l'entendrez. Examinez bien ma proposition car elle en vaut la peine.»

Il y avait aussi le «lycéen retraité» de dix-sept ans, qui donne de lui une longue et complète description:

«Depuis de longues années, je m'étais senti le goût de l'aventure. J'étais jeune encore que je rêvais de voyages et de naufrages. J'ai laissé mes études car je ne me sens aucune disposition pour un métier sédentaire. J'étudie donc seul l'anglais et les mathématiques en attendant l'occasion de satisfaire mes goûts de sauvage. J'adore la mer, les pampas, les aventures avec ce qu'elles ont d'imprévu, de pittoresque. Voulez-vous de moi? Malheureusement je ne peux vous donner une fortune pour votre entreprise; mais je vous apporterai mon instruction, ma bonne volonté et mon amitié.»

Encore un ancien matelot, ce polyglotte remarquable, actuellement garçon de café ignoré dans un restaurant Duval et qui connaît la navigation, sait réparer les voiles et affirme parler couramment le français, l'anglais, l'allemand, l'italien, l'espagnol, le norvégien, le suédois, le danois et l'américain!

Peut-être aurait-il été un excellent compagnon l'ouvrier mouleur qui avoue ne rien connaître aux choses de la mer, mais pratique un peu la course à pied et beaucoup le vélo. Il met à ma disposition tout ce qu'il possède: deux mille francs et sa santé.

Un autre volontaire avoue posséder, quand il le veut, un talent d'écrivain, qui pourrait m'être utile dans la rédaction de mon livre.

Et bien que ma décision de ne pas accepter de volontaires soit prise, je pense aux grandes choses que j'aurais pu faire avec cet inscrit maritime qui navigue depuis l'âge de quinze ans sur des navires à voile, ne me demande pas de gages et veut me suivre jusqu'à la mort.

Encore un ancien matelot, le volontaire âgé de trente ans qui a traversé douze fois la ligne sur des trois-mâts barques. Après m'avoir fait un tableau impressionnant des dangers du Pacifique, d'un cyclone aux îles Tonga, des mangeurs d'hommes aux Salomon, il me dit vouloir m'accompagner et ne me rendre responsable de rien quoi qu'il arrive.