— Vous y êtes, dis-je, c’était là exactement mon cas en Californie.

Un ingénieur, et des plus distingués, fit un rapport éblouissant, comme il convenait à Paris, sur une mine californienne que lui apportait un Américain, mais celui-ci n’était point un naïf. Il était même, ce rapport, plein de trouvailles scientifiques, techniques, du moins dans les termes, car le fond était dénué de tout bon sens. Si l’on avait dit simplement les choses, personne n’aurait voulu entendre parler de la Californie. Elle est épuisée, allons donc, votre Californie !

Elle a produit huit milliards d’or, vous savez !

Enfin on souscrivit l’affaire en France, un ou deux millions. L’Américain poussait à la roue avec habileté et énergie. Il avait l’air si sûr de son affaire : on ne doute de rien, là-bas. Et il demandait peu de chose, des actions. Il se disait : « Souscrivez toujours le capital, nous verrons ensuite. »

Il fut modeste pour le payement comptant, quelques centaines de mille francs. Et il dirigea les travaux. On trouva de l’or, un peu, pas beaucoup, quinze à vingt kilos, je crois. Et l’Américain jubilait. Tandis qu’on faisait mousser les actions à la Bourse, il vendait les siennes avec allégresse. Et il câblait impérieusement à Paris d’envoyer des fonds pour continuer les travaux. Car ces fonds, il y en avait pour lui. Il avait de superbes appointements pour ne rien faire. Outre le capital, il se faisait des rentes. La mine produisait de l’or, mais non pas en Californie, à Paris. Voilà la mine d’or.

Pourtant on se lassa à Paris, l’or cessa d’arriver en Californie. Alors l’Américain menaça de reprendre sa mine. Et comme aux Etats-Unis, si l’on n’exploite pas, la mine est déchue, et au bout d’un an, peut être reprise par le premier venu, notre homme n’eut qu’à replanter des piquets sur le sol en son nom, à faire une déclaration, et le voilà de nouveau propriétaire de ses mines après s’être enrichi. Outre les mines, il eut les machines, les bâtiments, les canaux, et enfin un très joli chalet de montagne, dans les forêts de sapins, pour y passer ses loisirs dans la belle saison.

L’Amérique a de quoi nous effrayer, n’est-ce pas ? On peut recommencer plusieurs fois le même coup avec la même mine. De la sorte, une mine est inépuisable.

— C’est incroyable, dit Sully. Oui, les mines sont de curieuses entreprises. Ecoutez l’histoire de celle-ci. C’était une mine riche, mais non pas d’or, de cuivre, et le minerai en était rare et peu connu, la chalcosine.

Un gentleman voyageait à cheval au Mexique avec un ingénieur. Sur le sentier l’ingénieur remarqua d’étranges cailloux, il les prit, fit un geste de satisfaction et les mit dans ses poches. Mais cet ingénieur était épuisé par la fièvre et il succomba à une attaque ; quelques jours après, il mourut. Le gentleman se rappela les cailloux ; il les prit, et à son arrivée à Lima, les fit analyser. C’était de la calamine. Un ingénieur lui en expliqua la valeur et le mode très facile d’exploitation, comme d’une carrière de pierres.

Le gentleman se fit incontinent donner la concession. Il eut le courage, il faut bien reconnaître son mérite, de s’installer dans l’endroit presque désert où était le minerai, avec un contremaître et des mineurs. Il réussit, ce qui était plus difficile, à faire transporter le minerai à la côte, et, en moins d’un an, il avait mis de côté un petit capital. Il eut alors un ingénieur à ses frais, qu’il paya plutôt médiocrement ; mais il est aujourd’hui archimillionnaire, du fait seul de cette mine.