N’est-ce pas le fait du hasard ? Quand on a la chance, on dirait qu’elle vous poursuit. Ce gentleman réussit tout ce qu’il entreprend. Il achète un tableau, parce qu’il a de l’argent en poche. Ce tableau se trouve être un Raphaël. Maintenant que ses mines sont épuisées, il les met en actions. C’est une nouvelle ressource.
— Ah ! les mines, je le disais tout à l’heure, sont une question d’économie. Votre gentleman a eu le mérite de le comprendre. Un ingénieur, avec quelques réflexions, peut éviter des travaux extrêmement chers. Rien n’est plus cher que de percer les roches.
On ne saurait payer trop cher l’expérience d’un ingénieur. Ce qu’il dit peut sembler une vérité évidente. Elle ne l’est pas. Il est d’ailleurs très difficile de faire mettre en pratique une idée de bon sens. On aime mieux faire des choses extraordinaires.
— C’est ainsi, dit M. Beaujoie, qu’on rejette volontiers les échecs sur des impôts, sur des lois. Dans d’autres cas, on sait bien en faire des lois, au contraire. Allez voir ça, à Cayenne. Les lois, ce sont les puissants qui les font, et pour se protéger eux-mêmes.
— Lorsqu’ils n’ont pas la puissance matérielle pour eux, dis-je, ils inventent la police, en effet, puis l’administration, l’armée et les lois. Chez les groupes de mineurs de l’Alaska, et autrefois de la Californie, il n’y avait pas de lois, chaque mineur se défendait lui-même. La loi n’est nécessaire qu’à la propriété acquise et durable. Il n’y a pas d’avantages pour le capital à se passer des lois ; il devient sans défense, au contraire.
Voyez en Guyane, voyez au contesté franco-brésilien, en Alaska, en Californie, il n’y a guère que les petits qui ont fait fortune, les capitaux ont échoué. Mais là, ce n’est pas la faute du manque de lois, elles sont venues au bout de peu d’années ; c’est qu’il s’agissait de ce qu’on appelle des poor men’s diggings, des mines de pauvres gens, demandant peu de capital, exploitables sans frais.
Le capital n’avait que faire dans des placers comme ceux-là.
— Vous voudriez, dit Sully, nous pousser à exploiter nous-mêmes nos placers guyanais, sans aucun capital. Nous le faisons bien. C’est ce qu’on appelle le maraudage.
Mais on se plaint que les maraudeurs saccagent les placers.
— C’est que vous voulez aller trop vite. Les Californiens n’ont jamais saccagé leurs criques, ils savaient fort bien s’entendre, se donner même un chef. Ils étaient disciplinés, et nos braves créoles ne le sont peut-être pas.