La plus grande partie de la population est métisse, croisée de blancs et de noirs, ce qui a produit une race très intelligente, capable d’exagérer tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre, les qualités physiques ou morales de ses ascendants. En moyenne, elle m’a paru bien douée, et solidement constituée.

Comme noirs connus, on en compte environ 2,000, y compris quelques centaines d’Indiens connus. Mais il y a en outre 6 à 8,000 inconnus dans l’intérieur des terres ; ce sont surtout des Indiens de race rouge : Emerillons, Galibis, etc. Il y a quelques Hindous et Chinois, mais très peu.

Le nombre total des relégués et transportés varie de 5,000 à 6,000 : il doit même aller en augmentant puisqu’on ramène en Guyane les déportés de la Nouvelle-Calédonie. Leurs centres de colonisation sont Saint-Laurent et Saint-Jean, sur le Maroni, et les îles du Salut. J’ai exposé au cours de mon voyage le peu de travail utile qu’ils ont fait au point de vue de la mise en valeur de la Guyane, ce qu’on attribue au manque de plan de colonisation, de la part du gouvernement et de l’administration pénitentiaire.

La population augmente par l’afflux des créoles des Antilles française et anglaise, à la poursuite de l’or. Mais on observe un excès des décès sur les naissances : cet excès est dû à l’existence des placers aurifères riches, qui attirent les jeunes gens, et comme ces placers sont à grande distance des côtes, la vie pénible et le manque de soins les déciment. Il faut tenir compte aussi pour l’excès des décès sur les naissances, du grand nombre de forçats improductifs, et enfin de la faible matrimonialité. L’union libre est volontiers pratiquée, ainsi que la polygamie : d’un côté, il n’y a point d’enfants, de l’autre il y en a trop, mais le père ne s’en occupe pas, et mal soignés, ils sont décimés.

Quant à la situation économique en général, elle est mauvaise en ce moment : il n’y a presque ni agriculture, ni industrie, ni commerce. Tout est importé, alors que la Guyane pourrait tout produire. On a abandonné presque toutes les plantations de canne à sucre, cacao, etc., pour les mines d’or. Celles-ci, par contre, qui datent de cinquante ans environ, sont très prospères. La production va même en augmentant. Nous en parlerons plus loin, ainsi que de la colonisation de la Guyane.

Après les hommes, dans une description, il convient de s’occuper des animaux. Ceux-ci sont fort nombreux et variés en Guyane : la forêt vierge est un refuge assuré pour toutes les espèces possibles, et le climat tiède et humide est merveilleusement favorable à leur développement. Il faudrait un volume entier pour les décrire, mais comme on peut trouver leur description dans un ouvrage d’histoire naturelle, je me bornerai à une brève énumération. Il est curieux de faire remarquer que le grand ouvrage de Buffon les décrit déjà avec une très grande exactitude ; il cite même les animaux spéciaux à la Guyane, car Louis XIV avait chargé une mission de s’en occuper.

Parmi les mammifères, les plus curieux sont la sarigue, l’opossum, le tamanoir, le tatou, le paresseux, le tapir, le pécari, l’agouti, l’acouchi, le cabiai, qui est un rongeur de grande taille, il a quatre pieds de long ; le porc-épic, le cougouar, le jaguar, le chat-tigre, peu redoutables pour l’homme. Le seul lion est le puma qui également redoute l’homme. Il y a toute espèce de singes : l’ouistiti, le macaque, le sagouin, le coatta, etc. Beaucoup de ces animaux ont des particularités curieuses : la sarigue et l’opossum sont remarquables par le pénis bifide du mâle, la poche marsupiale et la double vulve de la femelle. Le cabiai a les pattes à demi palmées et plonge aussi bien qu’un canard. Le tapir ou maïpouri, gros comme un petit cheval, a une trompe comme l’éléphant, mais plus courte. Le tatou a près de cent dents. Le porc-épic peut à volonté détacher ses piquants. Le vampire est connu pour sucer le sang des autres animaux. Le singe rouge a un appareil vocal double, lui permettant d’émettre aussi bien des sons aigus que des sons graves.

Les seuls animaux redoutables pour l’homme sont certains reptiles : le serpent-corail, le serpent à sonnettes, le serpent chasseur, le serpent agouti, et les grages, tous venimeux. Le boa constrictor ou grande couleuvre, comme on l’appelle en Guyane, n’est pas venimeux, mais il est capable d’étouffer un homme comme il étouffe les autres animaux, et de même le devin. Les autres serpents : le jacquot qui est vert, le rouleau, le réseau, le serpent à deux têtes ou maman-fourmis, qu’on trouve souvent au fond du nid des fourmis-manioc, etc., ne sont pas dangereux.

Les sauriens présentent des individus remarquables : un caméléon, l’agama ; l’iguane vert, dont la chair blanche est fine et recherchée, ainsi que les œufs ; puis le caïman également mangeable quand il est jeune ; il est peureux et n’attaque pas l’homme comme l’alligator du Brésil ; il y a toute espèce de tortues ; l’une d’elles passe à tort pour venimeuse, mais sa morsure est très douloureuse.

Il faudrait citer d’autres êtres désagréables : les fourmis qui ont tant de variétés, dont quelques-unes dangereuses pour l’homme ; les moustiques, les tiques, les chiques qui pullulent en certains endroits et peuvent, si l’on ne s’en débarrasse pas, atrophier le pied auquel elles s’attaquent. Enfin les araignées avec la gigantesque araignée-crabe qui est venimeuse.