Mais il faut en venir aux oiseaux qui sont le grand charme du bois sauvage ; ce sont les plus beaux du monde : on en avait fait une splendide collection qui fut enlevée en 1809 lors de l’invasion anglo-portugaise, elle figure maintenant au British Museum, à Londres. Je citerai le pélican, la frégate, le phaéton, le goéland, le bec-en-ciseaux ; puis la bécasse, le héron, la grue, le râle, le jacana, le serpentaire, le kamichi dont les ailes sont armées d’un ergot, l’agami, l’aigrette, l’ibis. J’ai cité dans mon voyage les hoccos, si délicieux à manger, ils ont un panache et de belles plumes frisées ; puis les marayes, les perdrix, les cailles, etc. ; les torcols, les mésanges, les grives, les rossignols, les alouettes, les papes, les cardinaux, les évêques, tous aux couleurs éclatantes ; les colibris et enfin les toucans, couroucous, aracaris, etc. Parmi les oiseaux rapaces, l’urubu pullule à Cayenne ; dans la forêt, il y a le grand aigle, le condor, l’effraye, la harpie, etc. J’allais oublier l’immense variété des oiseaux chanteurs aux couleurs voyantes : perroquets, aras, perruches, bleus, verts et rouge écarlate qui jettent leurs cris aigus dans le bois, sur les fleuves, en tranchant de leurs teintes vives sur le vert des arbres.

Après les animaux, l’homme s’intéresse surtout aux fruits parmi les végétaux. Il faudrait donc les énumérer d’abord, mais ils sont innombrables : les Guyanais eux-mêmes ne les connaissent pas tous. Je citerai les plus fameux : ce sont la noix de coco, et les amandes des divers palmiers qui donnent en outre le chou palmiste ; l’igname, l’ananas, la banane, la vanille, la pomme cannelle, la barbadille, le mari-tambour, et d’autres variétés, l’avoca, la mangue, le mombin, la pomme de Cythère, l’anis, le sapotille, la poire de Guyane, la prune de Guyane, la cerise de Guyane, la goyave, le parépou. Les fruits ne se décrivent pas, ils se goûtent ; le plus fameux, selon moi, est la mangue, qui mériterait des efforts pour être transportée en Europe. Je citerai aussi le café, les piments, le melon d’eau, la calebasse, puis la patate, le manioc, l’igname, etc., qui sont des racines ; puis le gingembre, le poivre, la muscade, le cacao ; puis le calou ou gombo, qui est un légume ; enfin la canne à sucre que tous les indigènes sucent et qui pousse à l’état sauvage. Presque tous ces fruits ont l’avantage de se manger tels qu’ils sont sur l’arbre, sauf pourtant les racines.

Avant de décrire les ressources forestières de la Guyane, nous dirons quelques mots des cultures qui ont été entreprises, et qui ont été plus ou moins abandonnées.

Sur 12 millions d’hectares, à peine 3,500 sont-ils mis en culture, formant 1,500 exploitations, qui occupent 6,000 travailleurs ; leur but unique, ou presque, est la culture vivrière : il n’est pas question ici de la colonie pénitentiaire.

La canne à sucre est tombée de 1,571 hectares en 1836 à 15 hectares en 1885. La production, qui était de 3,000 tonnes, est tombée à 52 tonnes. La production de rhum, en 1897, n’était que de 24,000 litres, et le centre principal est Mana, où les plantations et la fabrication du rhum sont l’œuvre d’une communauté religieuse de femmes. Le rhum de Mana est le meilleur des Antilles.

Le cacao, qui rendait 40,000 kilos en 1832, n’en rendait plus qu’une vingtaine de mille il y a quelques années. Il est en reprise depuis que le gouvernement offre une prime d’un franc par pied de cacao replanté.

Le café rendait 46,000 kilos en 1835, et seulement 17,000 en 1885. Depuis, il ne cesse de baisser encore.

On cultivait en 1879 près de 1,000 hectares de rocouyer, et à peine 300 en 1890. La baisse ne fait que continuer.

Les cultures vivrières : bananes, manioc, igname, sont stationnaires ; par contre, les fourrages verts sont en bonne croissance, et réussissent bien.

Comme débouchés, la Guyane a d’abord la France pour le cacao, le café, le thé, la vanille, le coton qu’elle a malheureusement abandonné ; puis le caoutchouc, le balata depuis quelques années, les peaux, les plumes, les bois de teinture et de construction, le bois de rose, etc., comme nous le verrons.