Le cacao est fait avec les graines du fruit ou cabosse du cacaoyer. Un arbre produit par an un à 2 kilogrammes de cacao sec, valant un franc à 2 fr. 50 le kilogramme. La Guyane pourrait en fournir toute la France qui en consomme 14,000 tonnes par an, et l’on a récemment encouragé cette plantation en donnant un franc par pied replanté. L’arbre, étant indigène en Guyane, ne donne pas de frais de culture.

Il y a trois espèces de café en Guyane ; l’espèce dite guyanensis donne de petits grains ; un pied de caféier donne en moyenne un demi-kilogramme de café par an ; c’est une culture à encourager.

Le tabac indigène de Guyane a été estimé par la régie assimilable aux meilleures sortes de France ; or, la France en consomme 16 à 20 millions de kilogrammes par an, et la Guyane seule près de 100,000 kilogrammes qu’elle importe, car elle ne cultive plus le tabac. Ce serait donc une culture rémunératrice.

M. Bassières, dans son ouvrage, entre dans de nombreux détails très intéressants sur l’industrie pastorale et l’élevage en Guyane ; la Guyane n’a pas de races d’animaux domestiques, et on n’y fait pas d’élevage ; cependant, les quelques expériences faites démontrent que le succès serait facile, car il existe des savanes et des pâturages ; mais il faut peut-être attendre qu’ils soient accessibles, car la forêt vierge me paraît encore trop envahissante. En attendant que la Guyane ait des chemins de fer et des troupeaux, le gibier est encore trop abondant et de trop bonne qualité pour que l’absence de viande de bœuf ou de mouton se fasse trop violemment sentir, du moins quand on vit dans la forêt. A Cayenne, c’est autre chose, mais il est vrai que Cayenne, à lui seul, mériterait d’être à proximité d’une exploitation agricole, au lieu de recevoir sa viande de boucherie des Guyanes voisines et même du Venezuela et des Antilles.

8o Bois de construction. — L’exploitation des bois paraît devoir être la véritable industrie future de la Guyane, car les bois d’œuvre sont de qualité supérieure et très abondants. Alors qu’il semblerait que, dans un climat si humide et si tiède, les bois devraient être spongieux et légers, ils sont, au contraire, d’une dureté qui défie tout autre bois, et d’un poids tel qu’ils s’accumulent au fond des rivières, ayant souvent une densité bien supérieure à l’eau, atteignant 1,30. Je dois répéter ici ce qu’en dit M. Bassières qui les a étudiés spécialement, car la description des forêts forme la plus grande partie de sa notice sur la Guyane.

« Pour les bois d’œuvre, des expériences faites comparativement avec quelques essences guyanaises et les meilleurs bois d’Europe ont montré la supériorité incontestable des premières, au point de vue de la durée autant que de la résistance à la rupture. Des pièces d’angélique, par exemple, employées à côté de semblables pièces de chêne, dans le corps de plusieurs navires de guerre français, ont été retrouvées, à la visite, plusieurs années après, absolument intactes, alors que le chêne était complètement pourri. Quant à la résistance, elle a été reconnue, pour le balata entre autres, plus de trois fois supérieure à celle du chêne, et près de deux fois supérieure à celle du teck de première qualité. L’élasticité du courbaril est quatre fois plus grande que celle du chêne, et deux fois supérieure à celle du teck. Les essences guyanaises qui paraissent les plus durables sont : le coupi, le bois violet, le wacapou et l’angélique. »

Il y a en Guyane, outre les bois utiles, toute une variété sans pareille de bois de travail, magnifiques pour la menuiserie et l’ébénisterie de luxe. Citons ici les expressions de M. Jules Gros : « Les bois précieux de Guyane sont un des chefs-d’œuvre de la création. Quelques-uns offrent un parfum plus délicat que les plus suaves aromes, les autres des couleurs plus belles que celles des plus beaux marbres. Blanc de lait, noir de jais, rouge, rouge de sang, veiné, marbré, satiné, moucheté (le bois dit satiné-rubané), jaune sombre, jaune clair (le bois-serpent est rayé jaune et noir), bleu de cobalt, bleu d’azur, violet, vert tendre, toutes les couleurs ont été mises à contribution par la nature. Un hectare de bois de la Guyane française pourrait fournir les éléments de la plus admirable mosaïque que l’on ait encore jamais vue. »

J’ajoute que le musée de Cayenne a commencé cette mosaïque. La carrosserie de luxe, les automobiles, les meubles modern-style trouveraient aisément de quoi réaliser leurs rêves originaux avec les bois guyanais.

Je vais décrire les principaux de ces bois en suivant la classification de M. Bassières, relative à leurs qualités de dureté et à leurs couleurs.

1o Bois incorruptibles et de première dureté. — Le wacapou est le premier ; il se conserve indéfiniment, il durcit en vieillissant. Il est assez rare sur le littoral ; il faut aller au delà des premiers sauts des rivières pour le trouver. En Guyane hollandaise, on l’appelle bruin-hart. Les fibres sont droites.