En 1878 fut découvert le groupe des placers de la Mana inférieure : Enfin, Elysée, Pas-Trop-Tôt, etc., qui ont produit plus de 20 millions, et, comme ceux de Saint-Elie, sont encore en exploitation.
En 1888, on découvrit les placers de l’Awa, sur la frontière entre les Guyanes française et hollandaise, et sur le Maroni. Ils passent pour avoir produit environ 60 millions.
En 1893 eut lieu la découverte du fameux Carsewène, au contesté franco-brésilien, actuellement brésilien sans conteste. Il a dû produire une centaine de millions, dans une zone très restreinte, longue de 12 kilomètres et large de 3 kilomètres à peine.
En 1901, l’Inini attira plus de six mille personnes. Mais il était très irrégulier. Il a dû produire environ 20 millions, peut-être 25 à 30, dont les trois quarts en 1902-1903 ; il y avait un alignement de placers dirigés du nord au sud, allant des criques d’Artagnan et L’Admiral aux criques Saint-Cyr, etc.
Enfin, de 1902 date la découverte des placers de la Haute-Mana, ayant produit, jusqu’à fin 1904, 8 à 9 millions d’or ; ce sont ces derniers que j’ai visités.
Je vais décrire l’un ou l’autre de ces placers, en ajoutant quelques mots sur ceux qui séparent la Mana de l’Inini, parce qu’ils présentent de grandes chances de richesse, et seront mis prochainement en exploitation.
II. Description de l’alluvion aurifère. — La couche aurifère forme la partie inférieure du lit de nombreux cours d’eau et de certaines rivières où se jettent ces cours d’eau ; les uns et les autres portent le nom de criques (du mot anglais creek, cours d’eau), et ce mot désigne l’ensemble du cours d’eau et de ses alluvions. Ces criques sont enfermées entre des collines peu élevées, mais dont la pente est escarpée, surtout à la base. Leur largeur est variable : à la Mana, elle est faible, variant de quelques mètres à 10 mètres en moyenne, atteignant rarement 20 à 25 mètres. Ces criques sont très sinueuses, parce que leur pente est très faible en général. La présence de l’or est souvent régulière sur 4 à 5 kilomètres de longueur, parfois sur 10 kilomètres.
La quantité d’eau est très variable d’une crique à l’autre, et dans une même crique, suivant la saison. Les petites criques ont un débit variant de quelques litres par seconde à plusieurs centaines de litres ; les grandes criques ont parfois plusieurs mètres cubes. On distingue les criques d’été (l’été est la saison sèche) et les criques d’hiver (saison des pluies), suivant que leur quantité d’eau permet de les exploiter l’été ou l’hiver. En général, les grandes criques, qui ont beaucoup d’eau, s’exploitent l’été, et les petites criques, l’hiver : elles sont souvent à sec en été. Les pentes des unes et des autres sont extrêmement faibles, ce qui empêche l’exploitation hydraulique.
L’alluvion est divisée en deux couches superposées : le déblai ou stérile, formé de terre entremêlée de troncs d’arbres et de racines, et l’alluvion ou couche riche, formée, en majeure partie, de sable quartzeux et d’argile blanche feldspathique.
La teneur en or et la forme de l’or sont variables, suivant la région : la teneur exploitable varie aussi, suivant la facilité d’accès ; mais on conçoit aisément que la destruction de filons de quartz aurifère sur de longs parcours et sur 40 à 60 mètres de hauteur, a dû enrichir sur de grandes longueurs des criques de si faible largeur, où l’alluvion est concentrée sur quelques pieds d’épaisseur : la richesse se maintient, en effet, parfois sur 10 à 12 kilomètres de longueur.