La forme de l’or est généralement anguleuse, ce qui prouve bien que le gîte filonien de l’or se trouve dans le voisinage immédiat : plus on s’en éloigne, plus l’or prend la forme de paillettes aplaties. Les pépites sont rares dans la région que j’ai parcourue, sauf à Souvenir (établissements Kilomètre et Principal), où il y a assez souvent des pépites de 100 à 200 grammes. Sur les placers du Haut-Mana, l’or est très fin, parfois extrêmement fin, mais en petits grains plutôt qu’en paillettes.
Dans les criques, l’alluvion aurifère est surmontée d’une couche meuble tellement enchevêtrée de troncs et de racines que son enlèvement constitue une des difficultés principales de l’exploitation : l’épaisseur de cette couche varie de zéro à trois et quatre pieds, parfois six à sept pieds ; dans les grandes criques, elle atteint douze à treize pieds. L’or se trouve quelquefois sous de gros troncs, ou de gros boulders, accumulés à tel point que la dépense serait plus forte que l’or à retirer, et qu’on l’abandonne. Cette difficulté et l’étroitesse des criques rendent ici le dragage impossible.
Le bedrock sous-jacent est à l’état de glaise blanche, de plusieurs mètres d’épaisseur, compacte, ondulée et bosselée : cet état est dû à la décomposition de la roche formant le sous-sol, en général roche granitique, ou bien micaschiste. Je n’ai vu nulle part cette roche affleurer en place, sauf dans les sauts ou rapides des grosses rivières, mais j’en ai vu de nombreux débris ou éboulis, blocs et boulders, sur les placers.
Les collines séparant les criques sont formées de terres rouges, provenant de la décomposition de roches plus ou moins ferrugineuses. En certains points, on remarque des blocs de quartz pur éparpillés ; parfois cependant ils forment des alignements assez étendus, mais des fouilles faites au-dessous ne rencontrent que la terre rouge : ce sont les restes de filons de quartz dont la roche encaissante a été désagrégée. Ailleurs, ce sont des blocs, plus ou moins arrondis, de roches granitiques (syénite, granulite, granite rouge), souvent riches en éléments ferrugineux (hornblende, tourmaline, etc.). L’épaisseur de la terre rouge paraît atteindre au moins 15 à 20 mètres, parfois même 40 à 60 mètres.
L’or des criques provient sans doute des filons de quartz qui ont laissé comme témoins ces blocs isolés parsemant les terres rouges, et qui doivent se prolonger dans la roche sous-jacente, mais leur recherche peut présenter de sérieuses difficultés. L’or des rivières (ou grandes criques) n’est le plus souvent que l’apport fait par les petites criques qui s’y jettent ; aussi ces rivières ont une teneur plus irrégulière.
En outre de la décomposition des roches du sous-sol, il semble qu’il y a eu transport par l’action des eaux, ce qui a contribué à déplacer les galets de quartz. Il y a eu une double décomposition : la première a agi jusqu’à une grande profondeur (40 à 60 mètres) ; elle a transformé la pyrite de fer en oxyde rouge qui a suffi, avec les silicates de fer, à colorer tout l’ensemble des résidus en rouge : en profondeur, la pyrite restant intacte, la roche, granite ou autre, est demeurée blanche ; d’où le bedrock blanc sous l’alluvion aurifère. La seconde décomposition est due au régime des eaux actuelles qui ont traversé facilement les terres rouges, déplacé les blocs de quartz et de roche, jusqu’à la roche blanche plus dure, qui est devenue la glaise blanche du bedrock, ondulée comme était autrefois la surface dure granitique, et encore pyriteuse.
Il me paraît inutile de chercher ailleurs une explication pénible des terres rouges et des blocs de quartz isolés.
Voici quelques particularités sur les diverses zones de placers guyanais, en dehors de la Mana, pour ne pas nous restreindre à ce groupe.
A l’Awa, l’or est fin, comme à la Mana ; la Compagnie des Mines d’or de la Guyane hollandaise a produit de 1893 à 1903, soit en neuf ans, 1,800 kilogrammes d’or, valant environ 5 millions et demi, sur une dizaine de criques.
Au Carsewène, la grande crique, de 12 kilomètres de longueur, était riche par taches irrégulières ; les petites criques tributaires étaient pauvres. La Compagnie des Mines d’or du Carsewène, venue trop tard, n’a fait que quelques kilogrammes d’or, dont une moitié provenant des criques, l’autre des débris de terre et de roche extraits d’un tunnel. Cette Compagnie avait construit pour la relier à la mer un chemin de fer monorail, long d’une centaine de kilomètres, actuellement presque enfoui sous la vase.