L’Inini a été célèbre par ses nombreuses pépites, beaucoup pesant de 1 à 3 kilogrammes, plusieurs 5 à 6 kilogrammes, même 7 kilogrammes. On trouva en outre beaucoup de fragments de quartz pleins d’or, ce qui indiquait évidemment la destruction d’un riche filon de quartz, origine ou rhyzode des alluvions. L’alignement des criques les plus riches est probablement l’indication de la direction du filon détruit.

A Saint-Elie et Adieu-Vat, l’or des criques était assez régulier sur 4 à 5 kilomètres de longueur. La grande crique Céide, longue de 12 kilomètres, enrichie par cinq tributaires de sa rive droite, semble devoir être mise en exploitation fructueuse, malgré sa faible teneur, à cause de sa régularité. Les galets et l’or de ces criques sont anguleux, peu roulés, ce qui prouve le voisinage de leur origine.

Les terres rouges des collines, ou terres de montagne, ont rendu en un certain point, sur Saint-Elie, 150 kilogrammes d’or. Ces terres paraissent dues à l’érosion sur place de filons entièrement décomposés.

III. Description détaillée d’un type de placers, entre la Mana et l’Inini. — Ces placers ont de grandes étendues, 10 à 20 kilomètres de longueur sur 5 à 10 de largeur.

Les alluvions aurifères, dans des criques distantes de 5 à 15 kilomètres, séparées par des collines plus ou moins hautes, sont groupées autour de plusieurs établissements, soit six, un central, et cinq détachés, pour centraliser les groupes d’exploitations ou chantiers. C’est ainsi qu’on épuise peu à peu un placer.

A mesure qu’on exploite une partie d’un placer, on prospecte les autres criques. Voyons d’abord les criques en exploitation.

L’exploitation est concentrée sur une crique principale et ses affluents : ces criques sont séparées par des collines hautes de 60 à 100 mètres au-dessus du thalweg, et composées de terre rouge avec des blocs et boulders de syénite et de granite rouge, parfois de limonite et de fer pisolithique. Ces criques sont exploitées chacune par un chantier occupant huit ou neuf ouvriers et un chef de chantier. Le travail se fait d’aval en amont, et avec un simple sluice transportable. Naturellement, la production journalière varie avec les chantiers : les plus riches, à la Mana, font 300 à 400 grammes d’or par jour ; d’autres font 60 à 100 grammes, récoltés chaque soir dans le sluice par le chef de chantier, et déposés dans une boîte en fer à cadenas remise ensuite au directeur de l’établissement. Je n’entre pas ici dans les détails de la surveillance.

Parfois, l’exploitation des criques se trouve barrée sur 200 mètres et plus de longueur, par des boulders énormes, trop coûteux à déplacer ou à faire disparaître.

L’alluvion aurifère est tantôt composée de petits galets de quartz cristallin provenant de granite décomposé, anguleux, et de sable quartzeux d’un blanc éblouissant au soleil ; tantôt de sable argileux jaunâtre ou rougeâtre, suivant en cela la nature de la roche du sous-sol, trop profondément décomposée pour être visible. De même, l’or est tantôt fin, granulé, assez régulièrement disséminé ; tantôt en larges paillettes, en pépites, et alors irrégulier.

Les criques dites d’été sont pourtant quelquefois inondées, même en été, par des séries d’averses torrentielles. Il faut alors en épuiser l’eau pour pouvoir les exploiter. Dans ce but, les Guyanais font usage de pompes du pays, en bois, qu’ils appellent des pompes macaques. C’est un balancier en bois, portant d’un côté une pierre comme contrepoids, de l’autre, un seau ; l’eau est déversée en aval d’un petit barrage, de façon à ne pouvoir revenir dans le chantier. Ce moyen primitif est parfois insuffisant.