Le titre de l’or au placer Souvenir, situé à cheval entre le Maroni et la Mana, est compris entre 980 et 984 millimètres. Sur les autres placers de la Mana, il varie entre 930 et 940 millièmes de fin.

Pour parer au risque de manquer d’approvisionnements, on a fait autour des établissements des plantations de manioc, patates, canne à sucre, bananes, et même maïs et légumes ; ceux-ci doivent être particulièrement protégés contre les insectes. J’ai remarqué que, sur la Mana, on s’attache à bien nourrir les ouvriers pour leur rendre le séjour aux placers plus sain et plus agréable. Les conserves de morue et de bœuf, les sacs de haricots, de lentilles, etc., sont d’excellente qualité et tenus à l’abri de toute altération.

Approvisionnements. — Les approvisionnements sont une question capitale en Guyane, à la Mana surtout. Chaque homme consommant un et demi à 2 kilogrammes par jour, soit 600 à 700 kilogrammes par an, lorsqu’on a cent cinquante hommes sur un placer, il faut 100 à 150 tonnes de vivres par an. Le transport se fait en canots le long des rivières, puis à dos d’hommes ; les frais par la rivière Mana se montaient, jusqu’au placer Souvenir, à 100 francs par baril de 100 kilogrammes. On a découvert tout récemment une nouvelle voie de transport par l’Approuague, coûtant seulement 60 francs par tonne, ce qui a produit une économie considérable. Il y a des magasins intermédiaires, au saut Canory, sur l’Approuague, où il faut décharger les canots et les traîner à bras, et au débarcadère ou dégrad, où commence le portage à dos d’hommes. La durée du transport est de quinze jours depuis l’embouchure de l’Approuague ; elle était d’un mois en moyenne par la Mana.

On pourrait améliorer un peu ces transports par l’emploi de chaloupes à vapeur jusqu’au premier saut de l’Approuague ou de la Mana ; en régularisant et balisant les premiers sauts, on remonterait même peut-être bien plus haut, au moins durant la saison des hautes eaux, qui dure trois à quatre mois de l’année. On aurait, en outre, l’avantage de se mettre à l’abri du mauvais vouloir éventuel des canotiers qui, étant maîtres du trafic, imposent à leur gré leurs conditions. D’ailleurs, il arrive que ces canotiers ne sont que trop enclins à voler les marchandises qui leur sont confiées, sous prétexte d’accidents dans les rapides et les sauts. Ils ne se gênent pas non plus pour perdre en route des journées, même des semaines, à la chasse. En descendant la Mana, j’ai vu des pagayeurs qui en étaient à leur soixantième jour de canotage depuis Mana, tandis que d’autres, partis à la même date, étaient montés en vingt-deux jours. A force de retards, les crues de la rivière avaient augmenté, et le courant, de plus en plus fort, avait fini par rendre l’avancement impossible.

Les questions du ravitaillement et du recrutement des ouvriers dépendent de l’administration des compagnies à Cayenne, des agents à l’embouchure des rivières Mana et Approuague, et de la manière dont les ouvriers sont traités aux placers ; car ils sont de caractère indépendant, et volontiers travaillent pour leur compte ou font du maraudage. Nous reviendrons sur le maraudage, après avoir exposé le rendement des placers, le prix de revient, et le personnel occupé.

Personnel. — Le personnel d’un grand placer de la Mana était le suivant, lors de mon passage :

Neuf chantiers, occupant chacun huit ouvriers en moyenne.72hommes.
Charroyeurs (vivres, etc.)35  —
Ouvrages temporaires, sentiers en forêts, réparations11  —
Aux magasins des dégrads (débarcadères de rivière)8  —
Canotiers4  —
Malades ou non travaillants20  —
Total150hommes.

Dans ce personnel, il y a quinze à vingt femmes, une ou deux à chaque chantier, pour le débourbage dans le sluice.

Il faudrait compter, en outre, le personnel occupé, d’un côté aux magasins dans la partie basse des rivières, près de la côte, soit une dizaine d’hommes, et enfin les canotiers qui font les transports en rivière. Mais ceux-ci sont payés à tant par tonne, et ne font pas partie du personnel régulier des placers.

La feuille de paye mensuelle, au placer, atteint environ 12,000 francs ; mais le total des dépenses arrive au double et même dépasse 30,000 francs, quelquefois davantage, au moment où l’on règle le transport des vivres. Avec une bonne administration et de la prévoyance, on peut augmenter le rendement sans augmenter le personnel, car la proportion des malades ou soi-disant tels, que l’on paye tout de même, dépend du soin que l’on prend des ouvriers, de la régularité et de la qualité des approvisionnements. Les crues des rivières et des criques augmentent les difficultés du travail ; c’est aussi un cas à prévoir de la part de la direction.