Le prix de revient varie naturellement avec la situation du placer, indépendamment des efforts de la direction. A Souvenir, le placer le plus élevé de la Mana, il est en moyenne de 12 fr. 50 par homme au chantier et par jour, en admettant que les deux tiers des hommes travaillent au chantier, c’est-à-dire produisent de l’or. Avec 100 hommes aux chantiers et vingt-cinq jours de travail, on arrive à 31,250 francs, et c’est la moyenne pour un personnel total de 150 hommes. Il faut donc produire au moins 10 kilogrammes d’or par mois pour faire équilibre aux dépenses.

Sur les placers Triomphe, Saint-Léon, Dagobert, situés un peu plus en aval sur la Mana, le prix de revient est estimé à 10 francs par homme au chantier et par jour, soit 25,000 francs par mois, ou 8 kilogrammes d’or, avec 150 hommes.

Rendements. — Je donnerai ici un aperçu des brillants rendements du placer Souvenir. Sur une longueur totale de 12 à 13 kilomètres de criques exploitées (mais non épuisées), il a produit :

En1898(six mois de travail)

72k,527

1899

— 

183k,484

1900

— 

138k,247

1901

— 

127k,935

1902

— 

120k,170

1903

— 

319k,571

Total

961k,934

Si l’année 1904 a continué aussi brillamment qu’elle commençait les quatre premiers mois, elle a dû dépasser aussi 300 kilogrammes d’or, et la production totale doit approcher de 1,300 kilogrammes d’or, valant 4 millions ; car le titre de l’or de Souvenir, 980 à 984 millièmes, est très élevé.

La baisse du rendement, d’août 1900 à 1903, était due à l’exode en masse des mineurs vers l’Inini, où l’on faisait de riches découvertes.

Je dirai enfin que ce placer Souvenir a été prospecté avec une rare prévoyance, en vue de l’avenir : il y a, en effet, 14 à 15 kilomètres de criques prospectées, dont plusieurs grandes criques qui demanderont deux et trois coups de sluice. L’avancement moyen annuel, tenant compte des interruptions dues à l’eau, de l’épaisseur du déblai stérile, des boulders à déplacer, des racines et troncs d’arbres très lourds, etc., ne doit pas être calculé à plus de 500 mètres par an ; mais toute crique prospectée n’est pas exploitable.

Sur ce placer, l’or n’est pas concentré autour d’un centre d’où partent des criques rayonnantes, comme à Saint-Elie ; mais il y a de nombreuses taches aurifères, sans lien apparent, peut-être reliées par des filons de quartz désagrégés, d’une teneur en or très irrégulière, mais parfois très riches. Il en reste d’ailleurs, comme nous l’avons vu, des témoins dans les terres rouges des collines.

Par comparaison avec le placer Saint-Elie, le plus ancien de la Guyane, la richesse des criques de la Mana a présenté jusqu’ici une régularité presque aussi grande. A Saint-Elie, pendant neuf ans (1879-1888), les rendements ont peu varié : 350 à 600 kilogrammes d’or par an. Ce n’est qu’ensuite qu’ils ont baissé. Ils se sont cependant maintenus encore, pendant les dix années suivantes (1889-1899), entre 150 et 200 kilogrammes par an. On a exploité sur Saint-Elie 40 à 50 kilomètres de criques, et, avec les doubles coups de sluice, cela représente 80 à 100 kilomètres de longueur de chantiers. Sur la Mana, à cause de l’irrégularité des taches aurifères, on n’aura pas autant en un point donné, évidemment ; mais avec l’immense étendue des placers exploités, chacun de 200 kilomètres carrés en moyenne, l’ensemble des criques aurifères peut bien arriver à la longue au même total.

La production moyenne, par kilomètre de criques, sur les quatre grands placers de la Mana, a varié de 50 à 80 kilogrammes d’or. Sur Saint-Elie, pour une production totale de 6,000 kilogrammes d’or, elle a été de 60 kilogrammes par kilomètre, à raison de 100 kilomètres de longueur de chantiers.