Le sluice guyanais, tout à fait mobile, répond parfaitement à la nécessité d’un déplacement presque quotidien. Il ne servirait à rien de mettre des machines puissantes là où un très petit nombre d’ouvriers, sept à huit, suffit à la tâche. D’ailleurs, comme nous l’avons vu, la limite inférieure d’exploitabilité en Haute-Mana n’est pas si différente de celle des placers d’autres pays : nous avons vu qu’elle descend à moins de 5 francs par tonne, soit 2 francs par mètre cube. Et il faut compter ici le déboisage, et l’enlèvement des troncs et racines enfouis et encastrés dans le déblai et même l’alluvion. En outre, l’accès très difficile de la région est cause que le transport des marchandises y revient à 1,200 francs la tonne par la Mana, 800 francs par l’Approuague. Il y a peu d’endroits, même en Sibérie, où ces chiffres soient dépassés (voir mes études sur la Sibérie et la Californie). Seules, les dragues, si elles étaient possibles, abaisseraient le prix de revient.
Les seules améliorations que je crois possibles seraient, d’une part, pour les criques larges, demandant plusieurs coups de sluice, l’emploi de brouettes pour enlever d’un seul coup tout le stérile, et éviter ainsi la fausse manœuvre de déplacer plusieurs fois le même cube de terre ; d’autre part, au cas d’excès d’eau en hiver dans les petites criques, le relèvement et l’allongement du sluice, ce qui éviterait les pertes d’or par entraînement de l’eau, et l’inondation du chantier (on est obligé de les assécher par les pompes dites macaques dont j’ai parlé plus haut). Il est vrai qu’un chantier bien conduit ne devrait pas être exposé à cette inondation, il suffirait de commencer l’exploitation de la crique par les côtés, laissant le thalweg pour l’écoulement de l’eau ; mais les Guyanais sont pressés d’enlever dans les criques le sable le plus riche (ou qu’ils croient le plus riche) en premier lieu.
Dans les grandes criques, on pourrait peut-être, en cas de besoin, avoir recours à l’une ou l’autre des méthodes californiennes en rivière : digues, dites wingdams, avec pompes chinoises ; aqueducs ou flumings, etc. Ce sera peut-être aussi le cas d’employer le sluice à secousses, type François, et les pompes centrifuges, pour évacuer les résidus.
Je considère comme hors de question l’introduction de dragues dans les placers que j’ai visités, pour beaucoup de raisons, sans même parler du coût énorme des transports par rivières :
Insuffisance d’eau fréquente ;
Enchevêtrement de troncs et de racines dans le déblai ;
Inutilité de laver du stérile ;
Faible largeur et faible épaisseur de l’alluvion aurifère ;
Passages de boulders infranchissables aux dragues, etc., etc.
Une drague, coûtant très cher, doit avoir devant elle un très grand champ d’activité ; ce qui n’est guère le cas des criques étroites du Haut-Mana. En admettant même qu’elle puisse fonctionner, avec la faible largeur (quelques mètres) des alluvions, elle ne payerait pas ses dépenses. Si la drague eût convenu en Guyane, on l’y eût inventée. Chaque pays invente sa méthode spécialement adaptée à ses besoins.