Je ne dis rien de la méthode hydraulique, inapplicable en Guyane, à cause du manque de pente, soit pour les déblais, soit pour l’eau, au cas d’élévateurs hydrauliques.
Maraudage. — Pour terminer la description des placers, il me reste à parler des maraudeurs et de leurs découvertes. Les maraudeurs ne sont pas autre chose que les chercheurs d’or en rivière, non munis de permis de recherche.
Pour avoir le droit d’exploiter en Guyane, il faut non seulement le permis de recherche, mais il faut que le service d’arpentage ait fixé les limites de la zone concédée, et confirmé ainsi le titre de possession. On conçoit combien ces opérations sont difficiles dans des régions inhabitées situées à trente jours de la mer, et davantage, en canot. Sur un des placers de la Mana que j’ai visités, il avait fallu, peu de temps avant mon passage, expulser à main armée deux cent cinquante ou trois cents maraudeurs venus par le Maroni. Le propriétaire du placer avait dû organiser, à ses frais, une véritable expédition militaire avec une centaine de soldats, leurs officiers et sous-officiers, un docteur, etc. Cette expédition, fort compliquée, avait d’ailleurs, accompli sa mission avec plein succès, sans avoir un seul malade, ni un seul noyé dans les cataractes et les sauts de la Mana.
Dans ce cas de la Mana, les maraudeurs étaient arrivés après la découverte de l’or, et rien ne justifiait leur présence : or, en sept mois, ils avaient eu le temps de saccager 4 à 5 kilomètres de criques, dont il ne restait à faire que les repassages.
Il y a des régions réputées comme bonnes sur certains placers légitimement possédés, et il importe de pouvoir les protéger contre les invasions de maraudeurs. Il semblerait qu’ils ont quelque droit de saccager les criques à leur guise, à titre d’inventeurs ; mais souvent ils ne découvrent rien, ils se contentent d’arriver à la première nouvelle d’une découverte. Les prospections sont organisées de Cayenne et coûtent cher, pour ne donner souvent aucun résultat. Il est donc juste de se protéger contre les maraudeurs. Ceux-ci ne font œuvre utile que sur les régions non prospectées qu’ils arrivent parfois, m’a-t-on dit, à épuiser assez complètement : de la sorte, leur travail contribue à faire vivre le commerce des vivres sur la côte, et ils vendent leur or à divers marchands qui ne possèdent guère de titres de propriété de placers que pour avoir le droit d’acheter de l’or et de l’expédier en France. On sait trop les tracasseries de la douane guyanaise au sujet de l’or, dont la colonie vit cependant, pour que j’insiste sur ce sujet : on ne saurait plus habilement exciter à la fraude ceux qui y sont le moins portés.
Les maraudeurs sont à craindre seulement sur les placers de l’Inini au sud, et dans la région ouest de la Mana. Pour éviter leur retour, le meilleur moyen est de mettre en exploitation la région où on les craint, de façon à les expulser plus facilement, et surtout à exploiter avant eux les criques riches : mais ces régions sont justement celles qui sont les plus écartées, et où le ravitaillement est le plus difficile. L’accès par le Maroni facilite la fuite de l’or en Guyane hollandaise.
On pourrait également former, par exemple, une sorte de brigade d’ouvriers assermentés pouvant faire l’office de gardes (opinion préconisée par M. Leblond), et qui ferait de temps à autre une visite des points menacés par les maraudeurs : on saisirait leurs vivres, de façon à les obliger à partir. Cette mesure, accompagnée d’une action énergique menée à Cayenne au point de vue judiciaire pour faire respecter la propriété minière, ferait certainement beaucoup d’effet.
Je répète cependant que les maraudeurs ont leurs droits et leur utilité, et je dirai ici quelques mots sur leurs exploits et leurs découvertes.
Les maraudeurs recherchent les régions de nationalité incertaine, car ils ne risquent pas d’y être dérangés dans leur travail ; il n’y a ni formalités à remplir, ni droits d’exploitation, ni droits de douane. C’est l’histoire des chercheurs d’or de Californie et de l’Alaska, qui est la même sous toutes les latitudes : ils font eux-mêmes leurs lois et leur police.
C’est ainsi que les maraudeurs, au nombre de cinq à six mille, découvrirent les placers de l’Awa, sur le Maroni, entre les Guyanes française et hollandaise, puis le Carsewène dans le contesté franco-brésilien, enfin l’Inini, sur le haut Maroni.