A l’Inini, parmi les premiers heureux chercheurs d’or, on cite un pâtissier de Cayenne, nommé Léon, qui fit 42 kilogrammes d’or en trois mois ; Jadfard, qui fit 27 kilogrammes en vingt-deux jours ; Mérange, 100 kilogrammes en quatre à cinq mois, mais pour le compte de plusieurs associés.
Au Carsewène et à l’Awa, il s’est fait des fortunes qui se dépensent à Cayenne, et il s’en fait en ce moment d’autres encore sur la Mana.
Cependant, il semble que bientôt l’ère des riches découvertes de placers doit se clore, sauf peut-être du côté des monts Tumuc-Humac, tout à fait dans l’intérieur. C’est le tour des quartz aurifères de produire, et nous allons dire ce qu’ils ont donné jusqu’à présent. Le voisinage des riches quartz du Venezuela (Mines du Callao, etc.) semble présager aussi de riches découvertes en Guyane française.
Les quartz aurifères.
Comme je l’ai dit plus haut, j’ai rencontré des galets et des blocs isolés de quartz plus ou moins aurifères sur divers placers du Haut-Mana ; mais je n’ai observé d’alignement assez bien défini de ces quartz de surface qu’en deux endroits, et sur une étendue peu considérable ; les fouilles exécutées ont démontré qu’il ne s’agit là nullement d’un affleurement véritable. Ce ne sont point là des filons de quartz en place, mais seulement des débris de quartz provenant de l’éparpillement d’un filon dont la roche encaissante a été désagrégée et même décomposée. Comme la profondeur de roche décomposée atteint 20 à 40 mètres, parfois 60 mètres, comme on l’a reconnu au placer Elysée, on conçoit que la recherche d’un filon est une opération très coûteuse, car il n’y a aucun affleurement visible, sauf dans un cas que je citerai plus loin. Il y a en outre interruption complète entre les quartz disséminés de la surface et le filon en place ; lorsqu’on a trouvé celui-ci, comme à Elysée, on a mis des années pour y parvenir. Ces quartz de surface ne sont pas spéciaux à la Mana ; on les a trouvés à Elysée, à Saint-Elie, à Adieu-Vat, et, sur ces placers, on les a même exploités, comme nous allons le voir.
Le seul filon de quartz aurifère en place que l’on ait réellement reconnu, développé et tenté d’exploiter, est celui d’Adieu-Vat. Partout ailleurs, à Saint-Elie, Elysée, etc., il s’agit de quartz provenant de têtes de filons décomposés, et dont les débris ont été éparpillés dans les terres rouges de la surface par des effets d’érosion très intenses, dus peut-être à l’action de l’océan.
A Saint-Elie, ces quartz, exploités en carrière et broyés au moyen de deux bocards, chacun de trois pilons légers, ont rendu :
- En 1901-1902, pour 653½t, 36kg,223 d’or, soit 54gr par tonne.
- En 1902-1903, pour 876½t, 36kg,083 d’or, soit 41gr par tonne.
La valeur de cette dernière production était de 111,895 francs.
M. Rémeau, qui avait été directeur d’El Callao au Venezuela, qui possédait une expérience de vingt-cinq ans de Guyane et du Venezuela, et qui avait été l’initiateur de l’exploitation en carrière des quartz de Saint-Elie, a fait à Adieu-Vat un grand découvert de 200 mètres de long sur 50 de large à travers une colline ; il en a fait sortir environ 12,000 tonnes de quartz, dont la moitié est encore sur le carreau : le reste a passé au broyage. Les terres rouges étaient riches en or, comme cela se passe toujours lorsque ces terres renferment des quartz aurifères.