En outre, à Adieu-Vat, à force de faire des recherches dans un sol très difficile, à cause de la végétation exubérante qui le recouvre, on a découvert l’affleurement d’un filon de quartz. Ce filon a été développé ensuite par M. Rémeau sur 200 mètres de longueur et 60 mètres de profondeur, c’est-à-dire jusqu’à 25 mètres au-dessous du niveau de la rivière Sinnamary.

Ce filon est encaissé dans une roche dioritique, tantôt verdâtre, tantôt noirâtre : il est constitué par une fente d’un mètre de puissance, mais dont le quart seulement est du minerai. Le filon est incliné à 70 degrés : au premier niveau, il donne de la pyrite ; au second niveau, l’or est associé au tellure et au sulfure de bismuth. Le quartz est gras, parfois un peu bleuté ; la diorite n’est pas aurifère. Le tellure et le bismuth obligeront sans doute à recourir aux méthodes de traitement de Coolgardie, dans l’Ouest-Australien.

En 1903, avec une batterie de trois pilons légers, on a broyé 419 tonnes du quartz du niveau supérieur, dont le rendement a été de 61 kil. 450, soit 145 grammes par tonne. Cette production valait 182,376 fr. 35, soit près de 3 francs le gramme, ou 430 francs par tonne.

Ce filon d’Adieu-Vat est donc le seul vrai filon actuel de la Guyane française, et il est encore peu développé en longueur et en profondeur. Mais sa richesse, dans une région rappelant celle du Callao, permet de croire à sa valeur. On doit en trouver d’autres, mais je répète qu’il y a une vraie difficulté à les croiser à travers cet énorme manteau de terres rouges qui recouvre tout le pays. On peut, en attendant, d’ailleurs, exploiter les quartz disséminés et les terres rouges.

Les alignements de ces quartz sont un précieux indice.

Mais même les alignements de criques riches sont un indice de la direction et de la position probable des filons. Il y a, par exemple, à l’Inini, un fait curieux : toutes les criques riches se trouvent sur une ligne nord-sud qui suit parallèlement la chaîne principale de montagnes : il y a donc probablement un riche filon de quartz parallèle à cette ligne. Ces criques ont produit plusieurs milliers de kilogrammes d’or, avec de nombreuses pépites et des quartz très riches.

Il en est de même dans le Haut-Mana, et l’on peut s’attendre raisonnablement à ce que la Guyane française possède un jour des filons de quartz en exploitation : on se mettra sérieusement à leur recherche lorsque les placers, encore maintenant si riches, approcheront de leur épuisement.

CHAPITRE XVIII
LES PLACERS ÉLYSÉE, ETC., NOTES PITTORESQUES

C’était quelques années après mes précédents voyages. Parti de Cayenne par bateau à vapeur, à quatre heures du soir, j’étais à Mana le lendemain matin. Tout était organisé pour mon voyage au placer Elysée. Les bons créoles sont débrouillards, et quand ils le veulent, ils savent être expéditifs. Mon canot devait partir le jour suivant de bonne heure ; j’avais deux pagayeurs noirs, de la race Saramaca, la plus robuste des Guyanes : ils s’appelaient Quinquina et Agouti. Quinquina avait un casque vert en toile. Agouti se contentait des belles tresses de son épaisse chevelure. Les Saramacas et les Boschs sont d’origine africaine ; ils ont été importés en Amérique par les marchands de bois d’ébène, les négriers, mais seuls ils ont su garder la pureté de leur race, tandis que les autres noirs peuplaient de métis les deux Amériques. Ce sont en outre des gens loyaux et sûrs à qui l’on peut se confier entièrement.

Enfin on m’avait trouvé un cuisinier, le voyage devant durer une huitaine de jours ; ce cuisinier n’était ni noir, ni créole, c’était un blanc. Seulement c’était ce qu’on appelle un libéré (sous-entendez, du bagne). Il y a beaucoup de libérés à Mana, comme dans les petits ports de la côte guyanaise. Ce qui m’a le plus surpris chez ceux que j’ai rencontrés, c’est leur douceur ; il faut croire que le climat et le milieu leur ont formé le caractère. On se refuse à imaginer que des gens si doux aient pu commettre des crimes.