—Rien au-dessus du dévoûment, mon ami. Ce n’est qu’en s’appliquant à faire le bonheur des autres qu’on réussit à faire le sien.

—D’accord, mais ...

—C’est cela seul qui peut relever l’existence, l’ennoblir, l’épurer, rendre la vie digne d’être vécue.

—Moi, je cherche aussi à l’égayer, répliqua l’épicurien et salomonien Veyssières, et, je vous l’avoue, c’est de la reconnaissance, une réelle et très sincère reconnaissance que j’éprouve pour tous ceux qui m’amusent, pour toutes celles qui essayent de me réjouir la vue, entre autres, pour toutes ces avenantes et obligeantes dames ou demoiselles, que vous qualifiiez si sévèrement tout à l’heure de misérables créatures, qui veulent bien m’initier aux charmes de leur buste, m’en laisser admirer la blancheur, l’éclat, le modelé ...

—Voyons, un peu moins d’animalité! Haut les cœurs! Soyez donc un homme!

—Justement! C’est parce que je suis un homme, chère amie, que j’éprouve ces charnelles sensations. Le décolletage ne me déplaît nullement, et je ne me plains jamais de ses libéralités; je ne le taxe jamais d’excessif, d’outré, encore moins d’outrageux et de scandaleux, pourvu toutefois—ah! voilà le hic!—que ce qu’on me montre soit digne d’être montré, que la complaisante et généreuse personne soit suffisamment jeune, bien faite, bien en chair, tout à point ...

—Comme s’il s’agissait d’une perdrix ou d’une caille que vous allez découper?

—C’est cela.

—Vous parlez des femmes absolument comme d’un animal qu’on apprécie selon sa carnation et sa vigueur.