—Ah! cornes de cerf!

—Que vais-je devenir, Armand? Ah! cher adoré! Ma mère ne voudra plus de moi, elle me chassera ... Je la connais!

—Mais je ne t’abandonnerai pas, moi! Pour qui donc me prends-tu? Je ne te laisserai pas ... Je t’aime trop, ma Jeannette!

—Mon Armand! mon ange!

—Tu as affaire à un honnête homme: ne crains rien!

—Oh! tu es bon!»

De sorte que cette grossesse, au lieu d’être pour Jeannette une cause d’angoisse et de désespoir, fut pour elle une vraie chance, une aubaine inespérée.

Armand de Sambligny était, comme il l’avait déclaré, un honnête homme. Cette jeune fille, il l’avait eue «sage»; cet enfant, qui s’apprêtait à faire son entrée dans le monde, était bien de lui, il n’en pouvait douter ...

Ah! il l’avait payée cher, cette galante et banale aventure, cette toquade de jeunesse! Depuis tantôt vingt ans il se le répétait et ne cessait de maudire le jour où il avait mis le pied dans la maison Rousselin.

«J’aurais mieux fait de me le faire écraser, ah oui, certes! J’aurais mieux fait ensuite d’imposer silence à mes scrupules, et de filer à l’étranger, n’importe où! plutôt que d’enchaîner mon existence à une femme dont je m’étais si sottement et aveuglément épris, que je connaissais à peine, que je ne connaissais même pas du tout! Ah vertudieu! si c’était à recommencer!»