D’autant plus que l’enfant issu des clandestines relations d’Armand de Sambligny avec Jeanne Rousselin était mort le lendemain de sa naissance. Mais, hélas! depuis six mois le mariage était célébré, la boulette commise, la déplorable et irréparable gaffe accomplie.

A présent, quand un jeune commis du ministère venait faire part à son chef, M. de Sambligny, de ses projets matrimoniaux:

«Mon ami, lui répliquait-il, un garçon comme vous, qui gagne sa vie et peut se suffire, n’a jamais intérêt à se marier! Jamais! Retenez bien cela!

—Cette jeune personne est fort bien élevée ...

—En êtes-vous sûr? Permettez-moi de vous le demander. On les élève si mal aujourd’hui, les jeunes personnes!

—Il est de fait, monsieur ...

—Toutes, même les plus pauvres, pour se faire servir; toutes, pour être doctoresses, clergesses, politiciennes, avocates, oratrices, femmes publiques: aucune, pour être mère et ménagère; toutes, en concurrentes et ennemies de l’homme, en révoltées et émancipées. Ah! jolie, cette émancipation! Drôle d’idée de persuader au sexe faible, à ce sexe blessé et saignant, qui conçoit, enfante et allaite, qu’il est tout aussi indemne et robuste que le sexe fort! Les mettre l’un et l’autre en présence et face à face dans le struggle for life! Alors il arrive ceci, que le mâle retourne à sa brutalité première, et daube sur sa femelle, quand celle-ci devient par trop gênante et encombrante. Voyez ce qui se passe chez les Américains, à Chicago ou à San-Francisco notamment! Malheur aux faibles, et surtout aux faibles qui veulent prendre la place et usurper les prérogatives des forts! Les femmes d’aujourd’hui, bourrées de science, de prétentions, d’ambition, pétries de morgue, ayant toutes les audaces, mais dépourvues de la douceur, qui était jadis la qualité féminine essentielle, privées de grâce, de délicatesse et de charme, dégoûtent de la femme: voilà mon sentiment, mon bon ami, je vous le dis sans fard.

—Eh monsieur! C’est que ...

—Quoi? Est-ce que vous y tenez, à cette jeune personne? Est-ce que ... vous brûlez, vous vous consumez pour elle? Oui? Un peu? Ce n’est pas une raison, jeune homme, pour recourir à un moyen aussi extrême! Vous êtes malade, vous vous trouvez dans un état de fièvre, soit! Patience, un peu de patience, et vous verrez ce malaise se dissiper.

—Je voulais vous dire, monsieur, que c’était un très riche parti ...