Il y avait au Crédit international, dans le service dont dépendait Irène Rousselin et que dirigeait M. Jourd’huy, le service de la Vérification et du Contrôle, une jolie fille très peu farouche, qu’Irène jugea devoir on ne peut mieux convenir au mari de sa sœur, et entreprit de lui colloquer comme maîtresse. Blonde et grasse, bien portante, bien en forme et en chair, la peau blanche, satinée et rosée; ayant toute la fraîcheur et tout l’éclat d’une belle fleur en plein épanouissement, Mlle Henriette Pérignon formait un vif contraste avec Jeanne de Sambligny, brune au teint mat, à la taille svelte et élancée. Henriette devait certainement être l’idéal, le type d’Armand,—ne fût-ce qu’en vertu de ce contraste et pour que le changement fût plus accentué: c’est ce qu’Irène se dit et le raisonnement qu’elle se tint. Quelques mots, prononcés par M. de Sambligny, la confirmèrent d’ailleurs dans ces conjectures: ayant eu plusieurs fois occasion de rencontrer sa belle-sœur avec cette demoiselle Henriette, il n’avait pu s’empêcher de lui faire compliment de sa compagne.
«Une bien belle personne, ma foi!
—N’est-ce pas?»
Irène fit en sorte, un soir qu’elle attendait la visite de Henriette, d’attirer son beau-frère chez elle; puis, l’amie venue, elle imagina un banal prétexte, allégua qu’il fallait du rhum avec le thé qu’elle se disposait à leur servir, et, s’excusant vivement de son absence:—«Le temps de descendre et de remonter!»—elle s’empressa de les laisser seuls.
«Je connais mon cher beau-frère, ruminait-elle; ou je me trompe fort, ou il saura mettre à profit le tête-à-tête.»
Armand tira, en effet, de la situation tout le parti qu’elle comportait et qu’on pouvait attendre d’un hardi et robuste servant d’amour et zélé «féministe» comme lui. Bien mieux, Mlle Henriette était si alléchante, appétissante et affriolante, qu’il l’invita à venir dîner avec lui le surlendemain dans un bon endroit, en cabinet particulier.
Mais là s’arrêtèrent ces passionnés témoignages. A quoi bon, grand Dieu, se mettre une maîtresse sur les bras? Pourquoi se lancer dans une intrigue dont on ne pouvait prévoir les suites, une liaison périlleuse, dispendieuse, gênante et absorbante, avec une ou plusieurs paternités en perspective; aller se créer un second ménage, quand on en avait déjà trop d’un; quand la sagesse salomonienne vous suffisait si bien; quand, pour si peu de chose, quelques sous, on se procurait de si commodes rencontres, de si discrètes, aimables et charmantes filles!
«Ce serait insensé, voyons!»
Et Irène en fut pour ses frais et pour son rhum.