—Je vous demande pardon, monsieur; mais j’ai mes travaux, des études à poursuivre dans les bibliothèques, mes conférences à préparer, des articles ... J’ai de graves obligations, monsieur, une mission à remplir ...

—La plus grave obligation d’une mère et sa vraie mission ne serait-elle pas, madame, de veiller sur ses enfants?»

«Il est possible qu’autrefois ce fût là le premier des devoirs maternels, mais aujourd’hui nous avons placé le cœur à droite, le foie à gauche et changé tout cela,»—aurait pu répliquer la citoyenne de Bals à ce magistrat naïf et vieux jeu.

Tant il y a que cette enquête et ces rapports de police, publiés ou analysés par les journaux, avaient procuré une assez fâcheuse réclame à ladite citoyenne, et ce n’était pas le moment de s’autoriser de son nom et de la porter au pinacle.

Nina Magloire, elle, était non seulement célèbre par la puissance de sa dialectique, mais aussi par les frasques de sa fille Georgette, surnommée Patte à Ressort, et, ce qui était pis, par ses propres et déplorables fredaines.

A son âge—cinquante-trois ans sonnés—elle n’avait pas encore dit adieu à la bagatelle et affectionnait tout particulièrement la candide jeunesse, les adolescents timides, ignares et imberbes, et s’entendait à merveille à les déniaiser et les dresser. Volontiers elle jetait son dévolu sur ses petits voisins, les fils des braves gens qui demeuraient sous son toit, les attirait chez elle, et finissait par s’attirer, à elle, les plus désagréables algarades. Le pot aux roses découvert, ce qui ne tardait jamais à advenir, les parents se fâchaient, traitaient Mme Magloire de «vieille débauchée, vieux monstre, vieille ordure,» etc., et il fallait décamper presto et aller recommencer à opérer ailleurs sur nouveaux frais. Elle ne faisait que déménager.

C’est à son propos, et après un de ces esclandres où la police même avait dû intervenir, qu’Adrien de Chantolle, sous prétexte de prendre la défense de cette Messaline hors d’âge, avait publié une de ses plus mordantes chroniques.

«Les toutes jeunes biches passent, écrivait-il, pour être spécialement recherchées des vieux cerfs: n’est-il pas juste que, par réciprocité, les antiques bréhaignes n’aient de passion que pour les daguets? O peuple inconséquent, frivole et couard! Tu sais que, de tout temps, les barbons ont couru après les tendrons, et il te chiffonne de penser que les barbettes puissent avoir un faible pour les tendresses et verdurettes. Cette chère égalité des sexes, qu’en fais-tu donc? Toujours deux poids et deux mesures alors? Toujours l’injustice et la partialité?» Etc.