Quant à Elvire Potarlot, elle avait tenu à dire, elle aussi, son mot sur ce point dans l’Émancipation, et avait carrément pris parti contre son indigne sœur d’armes, l’avait exécutée et jetée à l’eau sans pitié.
«Pas de troupeau, si sain et si blanc soit-il, qui n’ait sa brebis galeuse: nous en avions une que depuis longtemps nous connaissions, dont jusqu’ici, par dévouement à la cause commune, par solidarité, humanité et respect de nous-mêmes, dans l’espoir qu’elle s’amenderait, nous nous appliquions à dissimuler les tares; mais aujourd’hui ...»
Et elle concluait par cette brutale déclaration, où régnait du moins cet esprit de justice et d’égalité absolue qui caractérisait toujours Elvire:
«Pour nous, nous n’établissons aucune différence entre M. Paillard et Mme Paillarde. Nous les mettons l’un et l’autre dans le même sac, les clouons tous les deux au même pilori. Vieux cochons et vieilles cochonnes, il faudrait fouailler tout cela à tour de bras et sans miséricorde!»
Vlan!
Non, il n’était vraiment pas possible de nommer la citoyenne Magloire présidente du «Grand Congrès de l’Affranchissement».
Katia Mordasz, elle, si inattaquable au point de vue des mœurs, présentait d’autres inconvénients et dangers. On aurait pu passer à la rigueur sur sa qualité d’étrangère; mais ses opinions politiques et sociales étaient vraiment trop accentuées, trop inquiétantes et menaçantes. Ce n’était pas seulement l’émancipation de la femme que réclamait Katia; c’était aussi et avant tout celle de l’homme, toujours esclave, selon elle, des coteries politiciennes et de l’oligarchie financière et industrielle. «Guerre aux riches! Guerre aux puissants! A bas les oppresseurs et les voleurs!» C’étaient les cris qu’elle ne cessait de pousser dans ses articles de la Révolte.
Quant à la marquise Ida de Maulmont, le féminisme n’était pour elle qu’une toquade et une excentricité de plus, et on ne pouvait la prendre au sérieux. Elle faisait de tout, la marquise, ou plutôt faisait faire de tout autour d’elle, de la peinture, de la gravure, de la sculpture, de la littérature, de l’architecture, de l’agriculture, etc., apposait sur le tout son estampille et son blason, et finissait par s’attribuer un génie universel, par se croire une des lumières du siècle, le phare le plus éblouissant et le plus étonnant du globe et de l’humanité tout entière.
Elle n’était qu’une pitoyable agitée, qu’une démente cousue d’or et archigonflée de vanité, qui semait ses écus à tous vents et à l’aveuglette, et qu’on encensait uniquement dans l’espoir d’attirer sur soi cette manne souveraine.
Non, encore une fois, on ne pouvait élire pour présidente une telle caricature, et mieux valait la petite avocate, défenseur ou défenseuse des passe-temps grecs et dilections socratiques, maître ou maîtresse Ernestine Montgobert.