—Oui, monsieur, j’ai ... je ... je le lui ai annoncé, balbutia Irène, que les questions nettes et précises de M. Jourd’huy ne laissaient pas d’embarrasser.

—Et vous êtes bien fiancée à ce monsieur? Il y a bien promesse de mariage entre vous et lui?

—Mais ... oui ... j’ai ... accepté ...

—Eh bien, mademoiselle, si vous m’en croyez, vous en resterez là, et il n’y aura rien de fait. N’allez pas plus loin, je vous y engage! Mieux vaut ne pas se marier, croyez-moi, que de se mal marier, d’épouser un individu qui ne peut que faire le malheur de votre existence. Quelle que soit votre envie d’avoir un mari, un intérieur ...

—Monsieur, je ... non ...

—Vous n’y tenez pas? Alors tant mieux, tant mieux! Il vous sera plus facile de rompre. Mais rompez, mademoiselle, rompez sans hésiter, je vous le conseille, je vous y exhorte!

—Je vous remercie, monsieur ... Je vous remercie bien de ce que vous ... Je ne pensais pas que M. Lacrouzade ... J’en suis toute ... tout étonnée ... Mais, monsieur, reprit Irène, d’une voix toujours incertaine et bégayante, si M. Lacrouzade était un ... un malhonnête homme, l’administration ne l’aurait-elle pas révoqué?

—Si les administrations révoquaient tous les employés qui ont des dettes, qui fréquentent les brasseries et les champs de courses, ou qui n’arrivent pas toujours à l’heure exactement et abusent des congés, elles sacrifieraient bien des jeunes gens qui peuvent s’amender et ne font que jeter leur gourme.

—C’est peut-être le cas de M. Lacrouzade ... si vraiment ce que ... ce que vous dites est aussi ... aussi grave ...