Seul, le petit chien dont elle dérobait la pâtée et léchait et nettoyait l’écuelle, loin de lui garder rancune de ces trop fréquents larcins, s’attrista de ne plus retrouver, à son retour, cette aimante et caressante compagne de jeu, et il la réclama, la chercha de droite et de gauche, sous tous les meubles, en geignant et glapissant.

Heureuse Petite Sans Cœur!


XIII

Une vieille légende raconte que deux époux appartenant à une des paroisses du diocèse de Poitiers, entreprirent de se rendre en pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle, mais qu’arrivés à Limoges, la femme tomba malade et mourut. Seul pour achever la route, le cœur brisé, l’époux n’en accomplit pas moins son vœu; puis il revint sur ses pas et alla expirer de douleur au lieu même où il avait perdu sa compagne. Lorsqu’on voulut l’inhumer auprès de celle qui lui avait été si tendrement unie, on la vit se retourner dans sa tombe, comme pour lui faire place,

Et apprendre aux conjoints à s’entr’aimer toujours, Afin qu’ayant vescu en la divine grâce, Ils puissent voir le ciel à la fin de leurs jours.

Telle aussi fut la mort de ce bon vieux et de cette aimable vieille, voisins de Katia Mordasz, et baptisés par elle «Philémon et Baucis».

Un soir Philémon sentit, non pas qu’il devenait arbre, comme son ancêtre, célébré par Ovide et La Fontaine; mais, plus prosaïquement, qu’il était mal à l’aise, avait peine à rester debout, et que des frissons glacés lui couraient sur les épaules et dans le dos. Il se mit au lit, et comme Baucis s’était assise à son chevet et emparée d’une de ses mains pour la lui réchauffer entre les siennes, il l’attira doucement à lui, lui inclina la tête contre son visage, et appuya sur ses paupières ses lèvres exsangues et froides.

«A toi!... Merci!... Merci de tout le bonheur que nous avons eu ... que je te dois!» bégaya-t-il d’une voix à peine distincte.»