—Heureusement!
—Ne vous pressez pas tant de chanter victoire, Katia; vous ne savez pas ce que vous trouverez à la place.
—Nous n’avons rien à perdre.
—Oh! que si! Éloigner la femme de l’homme, semer entre elle et lui la mésintelligence, la suspicion, la rivalité et la haine, c’est mauvaise besogne, c’est desservir les intérêts de l’un et de l’autre, et plus encore ceux de la femme, ceux de la mère ...
—Mais nous ne prêchons pas cette haine, nous ne voulons pas cette désunion!
—Que vous la vouliez ou non, vous l’obtenez; c’est le résultat que vous atteignez: ce krach du mariage vous le prouve incontestablement. De plus en plus l’homme arrive à se passer de la femme comme compagne, à ne se servir d’elle que comme instrument de volupté ou passe-temps. En sorte que, au lieu de la relever, la femme, et de l’affranchir, de la rendre plus heureuse et plus forte, vous l’avez, au contraire, asservie davantage et fait déchoir plus bas que jamais. Voilà la conséquence ...
—Nullement, mon cher, je proteste!
—Je reprends donc à nouveau ma démonstration, chère amie, et je fais appel, si vous le voulez bien, à l’autorité d’un des plus sagaces esprits de notre siècle, à Ernest Renan. Elle est de lui, cette très juste remarque, que «la femme qui nous ressemble nous est antipathique: ce que nous cherchons dans l’autre sexe est le contraire de nous-mêmes». Or, on s’ingénie et s’évertue à élever les filles comme les garçons, à vouloir, en dépit de la nature et du bon sens, que la femme, qui est anatomiquement, dans son sexe, un homme retourné, un mâle à l’envers, et, par conséquent, devrait faire tout le contraire du mâle, ait les mêmes occupations, les mêmes devoirs, les mêmes charges, le même rôle que lui; on fait tout, en d’autres termes, pour éloigner et dégoûter l’homme de la femme. Et on y est parvenu!
—Prétendre que l’instruction donnée aux femmes éloigne d’elles les hommes, les en dégoûte, ce n’est guère faire l’éloge de vos contemporains, mon bon!
—C’est une femme même qui le prétend et le proclame, ma bonne, une femme de beaucoup de jugement et d’esprit, et qui valait bien, je vous en réponds, vos Bombardier, vos Potarlot, vos Lauxerrois, vos Magloire ...