—Quelle est cette femme?

—Mme de Girardin. Elle déclare que «l’homme ne demande pas à sa compagne de partager ses travaux, il lui demande de l’en distraire; l’instruction, pour les femmes, ajoute-t-elle, c’est le luxe; le nécessaire, c’est la grâce, la gentillesse», le charme, cette gaieté légère si bien faite pour dissiper la tristesse; c’est la séduction, voire la coquetterie, toutes qualités inconnues à vos émancipées et viragos modernes. En voilà qui se targuent d’avoir répudié tous ces enfantillages et ces billevesées! Plus de coquetterie, avec elles, plus de ces délicieux petits manèges ... mais plus de grâce non plus, plus de charmes! Elles nous offrent, à la place, un front grave, soucieux et ridé, un air sec, dur et sévère, des qualités «bien viriles»,—tout ce que nous possédons, quoi! et dont, par suite, nous n’avons que faire. Ah! mon amie, vous allez encore me trouver bien prosaïque, bien terre à terre et matériel; mais tant pis! La vérité avant tout! Eh bien, il n’y a qu’une qualité pour la femme, c’est la beauté,—oui, la grâce et la beauté,—le physique!

—L’esprit ne compte pas?

—Très peu, infiniment peu. C’est toujours, presque toujours physiquement que les femmes nous plaisent et nous attirent: je crois vous l’avoir dit déjà. Qu’elles sachent le grec, le sanscrit et l’hébreu, qu’elles connaissent la chimie organique, la paléontologie et le calcul infinitésimal, nous ne nous en préoccupons nullement,—nullement, je vous assure, Katia! Je vous en donne ma parole d’honneur! «Est-elle belle? Comment est-elle?» Voilà la première question que pose tout homme, ou qu’il s’adresse à lui-même mentalement, lorsqu’on lui parle d’une femme, le seul point qui le préoccupe. La beauté, c’est le seul mérite que les hommes ne contestent pas aux femmes, l’unique et souverain privilège des femmes. Tout le reste, peutt!

La beauté sur la terre est la chose suprême. C’est pour nous la montrer qu’est faite la clarté.

La beauté seule, entendez-vous bien? donne aux femmes un charme invincible. La science, le talent, le génie, on n’y prend pas garde, et ça ne pèse pas pour elles plus qu’un atome. «Est-elle belle?» Cela répond à tout, suffit à tout. Aussi comme elles ont raison, celles qui, à tout prix, veulent être belles!

—Raison, à votre point de vue! Il en est qui dédaignent ces périssables attraits.

—Je pourrais vous répliquer par le mot de Mme de Grignan. Elle disait pourrissables, elle; mais tant que ce n’est pas pourri ...

—L’homme est logé à la même enseigne.

—Pas du tout! Un homme n’a pas besoin d’être beau. Qu’il ne fasse pas peur à son cheval, qu’il ait une physionomie ouverte, accorte, engageante, intelligente,—et encore!—c’est tout ce qu’on lui demande. L’homme, que vous le vouliez ou non, a pour caractéristique la force: qu’il soit solide et vigoureux, bien portant et bien râblé, voilà le principal, voilà l’idéal pour lui. Pour la femme, encore une fois, c’est la beauté; c’est par sa beauté que la femme est le chef-d’œuvre de l’univers: voyez comme je suis gentil, comme je suis large et généreux!