—Oh! charmant! exquis! Mais toutes les femmes ne peuvent pas répondre à votre programme, toutes ne peuvent pas être belles: que ferez-vous des laides?

—On a prétendu qu’il n’y en avait point.

—Quelque galant personnage de votre espèce!

—Probablement. En tout cas, s’il en existe, des femmes laides, elles ont la grâce, qui équivaut souvent à la beauté, qui est pire parfois; elles ont l’affabilité, la douceur ...

—La douceur surtout, interrompit Katia. C’est cette qualité que vous prisez le plus chez la femme. «Qu’elle soit douce et simple de cœur!» C’est, vous vous le rappelez, tout ce que le sentimental et onctueux Michelet demande à la femme.

—Eh mon Dieu! C’est assez juste. Rousseau également recommande la douceur.

—Aristote aussi, et Proudhon, et Auguste Comte, et tous les hommes, tous les adversaires et ennemis de la femme. Tous la veulent sans énergie ni volonté, malléable comme cire, apte à recevoir toutes les empreintes et toutes les idées qu’il plaît au mari de lui inculquer.

—C’est si vrai, Katia, que j’aurais dû, il y a un instant, lorsque je vous disais que la distinctive de l’homme était la force et celle de la femme la beauté, ne pas oublier la douceur, qualité féminine encore plus caractéristique et plus essentielle.

—Je le crois bien! Ah! nous nous entendons! Il vous faut, messieurs, vous le reconnaissez vous-mêmes, des compagnes soumises et obéissantes, attentives à vos moindres caprices, ne pensant que comme vous, ne voyant que par vous, des esclaves, en un mot.

—Croyez-vous que, chez vos vieux voisins qui viennent de mourir, dans ce ménage de Philémon et Baucis qu’on a enterré ce matin, la femme fût l’esclave de l’homme, qu’elle fût même seulement sa servante? Non, mon amie; tour à tour, ils étaient les serviteurs l’un de l’autre, ravis de se rendre ces soins réciproques et de ne les devoir qu’à eux-mêmes. Jamais sûrement Mme Baucis ne s’est dit, ne s’est même doutée que son mari l’avait asservie; pas plus que celui-ci ne pensait à s’avouer que son épouse le menait par le bout du nez. Dans ces heureux, ces délicieux ménages,—saluez, chère dame! Encore une fois, vous n’en verrez plus comme cela!—nul ne commande et aucun n’obéit: il n’y a qu’une seule et unique volonté, un seul être en deux personnes.