—A elle, toujours! Autrement elle ne serait plus la force.
—Et le droit, qu’en faites-vous?
—J’en fais ceci, riposta Veyssières, que, lorsqu’il a la force avec lui, il triomphe; et qu’il est battu, s’il ne l’a pas. C’est simple comme bonjour. L’idéal serait de ranger inséparablement la force du côté du droit; par malheur, ce n’est qu’un idéal.
—Un espoir, un but! rectifia la nihiliste avec une enthousiaste véhémence.
—Je ne demande pas mieux, mais nous n’en sommes pas là; et c’est précisément pour vous être insurgées contre le principe de la force, pour avoir voulu et vouloir cette chimère, l’égalité absolue, que vous avez tué le mariage.
—Beau malheur, encore une fois!
—A mon avis, c’en est un, et un grand, et pour les femmes surtout. Hors du mariage et de la famille, la femme qui se donne ne reçoit en échange aucune garantie; elle n’est qu’une chose, qu’un jouet ...
—Elle ne se donnera pas, voilà tout!
—Et vous vous figurez que le mâle acceptera cela et ira se passer de ... O sancta simplicitas! Il saura bien en trouver, des femmes! Ah! je ne suis pas en peine de lui! Quitte à aller les chercher au centre de l’Afrique ou au fin fond de l’Australie, quitte à prendre de force celles qu’il aura sous la griffe et feront leurs mijaurées, quitte à leur casser reins et côtes si elles résistent, il les aura, je vous le garantis, je vous le certifie, comme il en a eu de tout temps. Le mariage, la famille, c’était là le vrai refuge, la seule efficace protection de la femme.