«Finissez ... On pourrait vous voir, murmura Nina, toute frémissante. Pas ici ...

—Si nous descendions?

—Oui.»

Mais, arrivée sur le trottoir, et le tramway reparti, elle s’aperçut—ô surprise! ô douleur!—que l’entreprenant chevalier s’était éclipsé, l’avait odieusement lâchée.

«Qu’est-ce à dire?»

Vite, elle tâta sa poche: plus de porte-monnaie! Plus de montre non plus!

«Oh!!»

Si encore ce petit misérable avait daigné faire avec elle plus ample connaissance! Mais non, pas même cette fiche de consolation! Il avait eu hâte de la quitter, d’aller sans doute narrer cette aubaine, avec force gorges chaudes, à quelque drôlesse de son âge, et manger cet argent en sa compagnie.

Et trois mois plus tard, un matin, Nina Magloire était trouvée morte, étranglée au pied de son lit, dans le minuscule appartement qu’elle occupait alors rue de Penthièvre, au fond d’une cour. L’armoire à glace, la commode et les placards avaient été vidés, leur contenu étalé sur le plancher, tous les meubles fouillés ou brisés; dans les trois exiguës et sombres pièces régnait le plus grand désordre. L’enquête, dès ses débuts, révéla que la veille, à la tombée de la nuit, Mme Magloire avait reçu la visite d’un petit jeune homme imberbe, à chapeau melon, par-dessus noisette et pantalon collant, un de ses petits protégés et son hôte assidu. A peine était-il entré qu’un second petit jeune homme, également sans barbe, à chapeau melon aussi, à accroche-cœur et veston étriqué et élimé, marquant mal, était venu sonner à la porte et avait été introduit. C’étaient eux sûrement qui avaient fait le coup, de ce côté qu’il fallait chercher. Et on chercha; on les découvrit bientôt, et leurs aveux confirmèrent l’exactitude de ces soupçons.

C’est à peu près à cette même époque qu’Elvire Potarlot, la plus convaincue, la plus franche et la plus remuante des revendicatrices féminines, disparut aussi de ce monde.