Il est vrai qu’à l’époque où cette réconfortante espérance était ainsi proclamée, M. Brunetière n’avait pas encore découvert la faillite de la science. A présent, hélas! «la sujétion insupportable» a des chances de durée, de grandes chances.
Faisant encore chorus avec un autre adepte, superlativement doué d’imagination, Elvire Potarlot attribuait «à un coup de poing donné par l’homme sur le ventre de la femme l’origine des menstrues ... C’est l’homme encore ici qui est le coupable et le criminel. Toujours et partout nous le retrouvons, ce monstre! Oui, c’est à lui, à sa brutalité, à sa sauvagerie, que nous devons ce déplorable tribut! Mais nous ne le paierons pas toujours! Non seulement l’heure de la ménopause sonnera et nous en dispensera, mais la science est là, mes sœurs, et M. Jules Bois et moi, nous vous l’annonçons: Un jour luira où, pour quelques femmes tout au moins, pour une élite intellectuelle, disparaîtra ce mal sanglant, sans que pour cela les fonctions de la maternité, tout à fait indépendantes de la menstruation, soient atteintes.»
Mais qui déterminera cette élite? Quelles seront au juste ces privilégiées? Pourquoi quelques-unes et non pas toutes?
«Toujours des inégalités et des injustices alors? allez-vous encore vous récrier. Pendant que la nature y était, il ne lui en aurait cependant pas coûté davantage ... C’est là, mes sœurs, ce que la science nous apprendra, ce qu’elle se réserve d’établir et de nous démontrer.»
Pauvre science! Que serait-ce, que ne te ferait-on pas dire, si tu n’avais pas fait faillite!
Mais le rêve obstiné d’Elvire, son idée prédominante, persistante et obsédante, c’était que l’homme pût devenir enceinte ... pardon! Ici, c’est cet odieux masculin qui est obligatoire!—pût devenir enceint à son tour; qu’il pût, comme la femme, connaître les tribulations de la grossesse, les grièves douleurs et mortels risques de la parturition, les angariantes servitudes de l’allaitement. Voilà où il fallait tendre, voilà le grand but à atteindre! Car, tant qu’on n’en sera pas là, tant qu’on n’aura pas retrouvé et reconstitué l’androgyne de Platon,—ces androgynes, nés tous parfaits ...
D’un pur limon pétri des mains divines, Également des deux sexes pourvus, Se suffisant par leurs propres vertus,
il n’y aura rien de fait: toujours, sur les deux sexes séparés, pèsera une abominable iniquité, une implacable et désespérante inéquivalence. Mais comment établir cet équilibre, réaliser ce sublime rêve? Encore un miracle nécessairement réservé à la science, qui a bon dos, malgré sa faillite, et autorise toutes les coquecigrues possibles et imaginables.
En dépit de sa passion égalitaire, Elvire Potarlot penchait par instants vers les doctrines professées par certaines agitées américaines,—toujours on les retrouve, celles-là, sur le chemin de l’originalité et de la drôlerie,—et estimait que l’homme est en tous points l’inférieur de la femme, et que le prototype de la force, l’Hercule mythique, a appartenu au sexe faible. Hercule était une fille et devrait s’appeler Herculesse.
Ressassant d’autres vieilles bouffonneries empruntées aux coryphées et pionnières du féminisme, elle écrivait sans rire que «le divin Créateur a bien prouvé la supériorité de la femme en terminant et couronnant son œuvre par la création de notre mère Ève.