«C’est vraiment trop répugnant! Quelle sale machine! Plus moyen de le voir! Et puis ça peut s’attraper! Brrr! Je vais de ce pas en parler à mon médecin ... Si c’était contagieux? Eh bien merci! Me voilà propre!»

Si, cependant, quelqu’un lui était resté; à défaut de gais camarades, une amie continuait à venir le voir, une amie dont la première visite datait seulement du jour où il avait dû demeurer confiné chez lui, le visage en partie recouvert de pansements et de compresses. Et la fréquence et la durée de ces visites avaient toujours été en augmentant; à l’heure actuelle, Katia Mordasz ne quittait plus le domicile de Séverin; elle s’efforçait de le distraire, s’évertuait et s’ingéniait à le rassurer, à le consoler et le réconforter: tâche pénible, ardue entre toutes, et que, semblable au labeur de Sisyphe, il fallait continuellement recommencer.

Désemparé, affalé, désespéré, Séverin ne songeait plus qu’au suicide,—l’unique et éternel remède,—et, sans Katia, sans cette vigilante et infatigable gardienne, il aurait déjà, d’une façon ou d’une autre, supprimé le mal en supprimant le malade.

Et quelle était la cause de cette effroyable affection? Comment cet ulcère rongeur, ce lupus excedens aut exedens, qui avait débuté par de simples boutons, quelques tubercules durs et violacés, avait-il pu se produire?

Mystère!

«Il n’y a pas là trace d’atavisme! disait Séverin à son ex-condisciple, le docteur Chézurier. Je n’avais pas cela dans le sang, j’en suis convaincu! Ni mon père, ni ma mère, ni mes grands-parents, personne que je sache, dans ma famille, absolument personne, n’a été atteint d’une infirmité de cette espèce. C’est pire que n’importe quoi, pire que toute souffrance, toute torture, pire mille fois que la mort! Je suis comme un pestiféré: chacun se détourne de moi avec effroi, tout le monde me fuit, je me fais horreur à moi-même ... Ah! maudit soit ...»

Et il retombait dans sa torpeur, s’y enfonçait de plus en plus, se laissait de plus en plus envahir et accabler par ses idées noires, ses funèbres et odieuses réflexions.

«Mais si, vous guérirez! Mais si! lui répliquait Katia. Vous vous exagérez votre état, et ne le voyez nullement comme il est.

—Oh! que si, hélas!