—Pas du tout, mon ami, je vous assure. Vous allez bien mieux que la semaine passée, et, lorsque vous aurez séjourné un mois ou deux au bord de la mer, comme le médecin vous l’ordonne....
—Je ne veux pas partir!
—Si!
—Je veux mourir ici, chez moi!
—Parce que vous avez un bobo sur la joue, vous vous imaginez que tout est fini, que votre dernière heure a sonné! Un peu de raison, Séverin! Un peu de courage!»
Elle en avait, elle, du courage; elle en avait, de la résistance, de l’énergie et de la vaillance. Pas une seconde, elle ne s’était demandé s’il n’y avait pas danger pour elle d’approcher un tel malade, «si ça s’attrapait». Cette égoïste et lâche question,—si humaine pourtant!—ne lui était pas venue à l’esprit: il y avait près d’elle une souffrance à alléger, un malheureux à secourir et à consoler, et elle était accourue. Sa place était là; son instinct de femme, plus encore que le profond mais très platonique et très pur attachement qui l’unissait à Séverin, l’en avertissait et la conduisait.
«Nous partirons ce soir même, continuait-elle en manœuvrant les tiroirs de la commode, pour en extraire les piles de chemises, de chaussettes et de mouchoirs qu’elle avait dessein de ranger ensuite dans la malle. Ne différons pas ... Nous voici au mois de mai; nous avons un temps superbe, et j’ai promis ce matin au docteur Chézurier ...
—A quoi bon? C’est encore ici que je serai le plus tranquille! soupira Séverin en promenant autour de lui, sur sa longue table de travail et ses rangées de livres, un regard navré.
—Il faut quitter Paris, et le plus tôt sera le mieux, ne cesse de répéter le docteur. Lui-même s’est occupé de vous louer un chalet à Arcachon, sur la lisière de la forêt de pins et à proximité de la mer ...
—C’est-à-dire qu’il a hâte d’être débarrassé de moi. Il ne tient pas à ce que je crève sous ses ordres!