—Conspuons Séverine!
—A bas Séverine! A bas Séverine!»
«Ça t’apprendra, Séverine! murmura Chantolle. Voilà ce qu’on gagne à refuser de se rendre ridicule!»
Surexcitée, emballée, infatigable, Elvire Potarlot continuait, d’une voix fluette, une voix de castrat, mais suraiguë, très perçante, et qui arrivait distinctement aux oreilles des Salomoniens:
«Il n’y a pas à s’illusionner, citoyennes, et il faut avoir le courage de le dire, de le proclamer bien haut: tant que l’homme et la femme, accomplissant tous deux et simultanément le même acte, aboutiront à des résultats essentiellement différents, tant que le mâle, égoïste, sensuel et cynique, ne recueillera que du plaisir là où sa compagne risque tous les embarras et les dangers de la conception, c’est-à-dire une griève maladie, de longues et cruelles souffrances, et la mort même ... non, citoyennes, il n’y aura pas d’égalité possible entre l’homme et la femme, parce qu’il n’y aura pas de justice pour celle-ci ...»
«Ah çà! Est-ce qu’elle aurait la prétention, d’intervertir les rôles? insinua Sambligny. Est-ce qu’elle songerait à mettre le cœur à droite, la tête aux pieds, et l’homme enceinte?
—C’est que ces dames en sont là, mon bon, répliqua Chantolle. Avec leur manie égalitaire, elles ne doutent plus de rien ...
—Chut! Chut!»
«...Oh! je n’ignore pas, citoyennes, combien ces idées peuvent vous sembler prématurées, chimériques même! C’est un rêve, direz-vous. Mais Platon, le divin Platon, le plus grand des philosophes, l’a fait, ce rêve; c’est le sien, c’est l’identification de l’homme et de la femme sous le nom d’androgyne, et je n’ai pas à m’attribuer l’honneur de cette découverte. Une de nos plus célèbres devancières, la vaillante et victorieuse adversaire des Proudhon, des Michelet, des Auguste Comte, tous ces piètres penseurs et pitoyables républicains, la sagace et savante auteur de La Femme affranchie, Mme Jenny d’Héricourt, nous en avertit d’ailleurs et dans un superbe langage: «L’homme n’est qu’une femme enlaidie sous tous les rapports ...»
—Bravo!