—Très bien!
—«...La femme seule renferme et développe le germe humain; elle est créatrice et conservatrice de la race ... Seule dépositaire du germe humain, elle l’est également de tous les germes intellectuels et moraux; elle est l’inspiratrice de toute science, de toute découverte, de toute justice; la mère de toute vertu.» La femme est tout, en un mot, pour Mme d’Héricourt; l’homme n’est rien, ne sert à rien,—pas même, citoyennes, pas même à féconder celle qu’il nomme sa femelle. «Il n’est pas bien sûr, déclare cette géniale dialecticienne, il n’est pas bien sûr que le concours de l’homme soit nécessaire pour l’œuvre de la reproduction; c’est un moyen qu’a choisi la nature; mais la science humaine parviendra, nous l’espérons, à délivrer la femme de cette sujétion insupportable[4] .» Tel est aussi mon plus ferme, mon plus constant espoir, citoyennes. Et j’ai la joie de le voir partagé et soutenu par les plus judicieux et les plus profonds esprits de notre siècle. Résumant les travaux des premières doctoresses anglaises et américaines, M. Jules Bois ne nous a-t-il pas appris que c’est la brutalité de l’homme, un coup de poing donné par l’homme sur le ventre de la femme,—un coup de griffe donné aussi sans doute en même temps par tous les mâles sur les flancs de toutes les femelles,—qui a provoqué le tribut de la menstruation; mais qu’un jour luira, la science nous autorise à le croire, où ce tribut cessera d’être payé[5] ? Voilà, citoyennes, ce qui me soutient et me console, ce qui doit nous réconforter toutes; voilà l’étoile qui me guide, le noble but de libération où toutes nous devons tendre ...
—Bravo!
— ... Quant à moi, je ne me lasserai pas de lutter ...
—Bravo, Elvire!
—Vive Elvire! Bravo!
— ... Je ne me lasserai pas de lutter contre cette ancienne moitié de nous-même, devenue notre exploiteur, notre tyran ... Dans quelques semaines, citoyennes, nous fêterons l’arrivée parmi nous de Mrs Simpson, la digne successeur de Victoria Voodhal, fondatrice de la Société de l’amour libre ... Nous n’en sommes pas là encore, nous, infortunées femmes de France! Nous n’osons, nous ne pouvons réclamer que la liberté du divorce,—le divorce par consentement mutuel, ou, plus simplement encore et selon le postulat des plus autorisées d’entre nous, le divorce par la volonté d’un seul des époux ...
—Bravo!
— ... De même que, pour se marier, on n’est point tenu de faire connaître les motifs qui vous poussent à prononcer le oui décisif et solennel, de même, pour se démarier, pour divorcer, nul ne devrait être contraint d’invoquer et de révéler les causes de sa désunion ...
—Bravo!