—Si je pouvais chaparder quelque chose? Mais où? Quoi?
Et bientôt il se rappela certaine chambre mansardée, située en face de celle qu'il occupait l'an dernier, lorsqu'il travaillait chez Peulvier-Royon: une simple mais proprette petite chambre louée à un jeune homme, un employé de commerce, qui partait le matin et ne rentrait qu'à la nuit, et avait coutume de toujours laisser sa fenêtre ouverte, afin sans doute que l'odeur du tabac—c'était un fumeur enragé, ce jeune homme—se dissipât plus aisément et que l'air s'épurât le mieux possible, pendant son absence.
—Si j'y allais? Il doit avoir de l'argent, ce garçon-là, des économies cachées dans ses tiroirs…, un petit saint-frusquin!
Et voilà Brigodin s'acheminant vers la rue de Mars, où il avait demeuré naguère et où habitait très probablement encore cet employé. Il se faufila dans le corridor de son ancienne maison et grimpa jusqu'au sommet de l'escalier sans attirer l'attention, sans rencontrer personne.
Ce dernier palier était éclairé par une large lucarne donnant sur une terrasse contiguë à une cour intérieure, la même cour où la chambre de l'employé prenait jour. La fenêtre de cette chambre était grande ouverte, ainsi que Brigodin l'avait conjecturé; selon toute apparence, le locataire était donc toujours ce même jeune homme, émérite culotteur de pipes, qu'il avait entrevu plus d'une fois jadis.
Le difficile était de se rendre du palier à ladite chambre. Il fallait d'abord franchir la lucarne, puis descendre sur la terrasse, ce qui exigeait un saut de deux mètres; de la terrasse, se laisser ensuite glisser à trois mètres plus bas, sur un petit toit qui se trouvait presque de plain-pied avec la mansarde en question.
Brigodin effectua sans encombre ce périlleux trajet.
Aussitôt entré dans la place, il s'empressa d'ouvrir les tiroirs de la commode—la clef était à la serrure de l'un d'eux—et fouilla partout rapidement, fiévreusement, pour découvrir la réserve, les «économies» du locataire.
Rien dans la commode. Dans l'armoire à glace, rien non plus, sauf une demi-douzaine de chemises, une boîte de faux cols, des chaussettes, et une ou deux piles de mouchoirs, rangées sur les rayons. Dans les deux étroits placards dissimulés de chaque côté de la cheminée, rien encore. Dans le cabinet de toilette, où quelques vêtements étaient appendus, rien, toujours pas de magot, pas de saint-frusquin.
—Je ne me doutais guère qu'il était si panné que ça! maugréa mentalement Brigodin. Vrai, si j'avais su!… Moi qui me suis donné tant de peine!…