Très touché de cette faveur, de cet insigne honneur, le jeune commis se confondit en remerciements et ne tarda pas à profiter de l'invitation.

La conduite de Mme Vaucamp, en cette circonstance, n'avait fait que répondre aux intimes désirs d'Andrée.

Souvent, en sortant de chez Mme Pagès, la mère et la fille s'étaient entretenues de M. Antonin Lefuel.—Comme il avait l'air bien, ce jeune homme! Réservé, plein de tact, et de l'esprit, et du goût, des façons si aimables, si distinguées, que sais-je!

Miss Fauvette lui trouvait toutes les qualités, et la maman s'empressait d'acquiescer, d'enchérir même:

—Oh! certainement! Il est parfait, parfait!…

* * * * *

Ce penchant que miss Fauvette éprouvait pour Antonin Lefuel, elle le savait payé de retour, à n'en pas douter: certaines pressions de main un peu prolongées, certains regards empreints de respectueuse mais franche cordialité, de confiance, et, par instants, de joie et de gratitude, le lui avaient insidieusement révélé.

Peu à peu cette flamme naissante s'aviva. Andrée se surprit comptant les jours qu'elle avait à passer sans le voir, épiant sa venue, l'appelant tout bas, avec une fébrile impatience. Sa pensée maintenant ne cessait de l'évoquer; elle ne voyait que lui, ne vivait que pour lui.

Élevée, comme elle l'avait été, dans l'isolement du couvent, subitement tirée de cette solitude et transportée dans l'entourage de sa mère, elle n'avait jamais connu d'autre cavalier servant, jamais approché d'autre homme, et du premier coup son coeur s'était donné.

Antonin ne s'en tenait plus maintenant à ses visites du vendredi. Parfois, et précisément les jours où elle s'était absentée, où sa mère l'avait fait conduire chez quelque ancienne amie de pension, miss Fauvette le trouvait, à son retour, intimement installé auprès de Mme Vaucamp, dans le petit salon qui lui servait de boudoir. Et elle était bien heureuse de la surprise: c'était pour elle, évidemment, pour attendre sa rentrée, qu'il s'était ainsi attardé.