Pauvre miss Fauvette!

LE BOUQUET DE LILAS

Comme le fiacre, chargé d'une valise et d'une malle, venait de tourner l'angle de la rue de Rivoli et du boulevard Sébastopol, le voyageur, un jeune homme à la mine dolente et maladive se pencha et ordonna au cocher de s'arrêter. Puis, il ouvrit la portière et se dirigea, en s'aidant de sa canne, vers un luxueux magasin de fleurs située vis-à-vis.

La patronne de l'établissement, Mme Guillaume, qui trônait dans son comptoir, accueillit le visiteur par un salut plein de courtoisie, un sourire des plus gracieux et des plus engageants. A n'en pas douter, le jeune homme était un client habituel de la maison.

—Je m'absente pour quelque temps, madame, dit-il. Auriez-vous l'obligeance de continuer à envoyer, chaque dimanche matin, un bouquet de lilas blanc à l'adresse de Mlle Dervillé?

—Parfaitement, monsieur; soyez sans crainte… Est-ce que votre absence sera longue? Vous semblez souffrant?

—Un peu de fièvre, voilà tout; mais je ne puis arriver à me débarrasser de ce malaise, aussi je vais me faire soigner chez moi: l'air natal me remettra.

—Remède souverain, ajouta complaisamment la marchande, qui ne manqua pas de terminer par les souhaits de rigueur:

—Allons, à bientôt, monsieur! Guérissez-vous vite!

Le jeune homme la remercia, prit congé d'elle et regagna sa voiture, qui le conduisait à la gare de l'Est.