—Nous ne pouvons pas rester vieilles filles toutes les trois: c'est bien assez de moi! répétait-elle sans cesse. Il faut un homme dans une maison. C'est indispensable! Les femmes ont beau faire… Oui, oui, Clairette, crois-moi!

Elle manoeuvra si bien, elle se monta si bien la tête, qu'elle finit par la monter à Clairette et lui persuader que M. Debrolle ne venait au logis que pour elle, était amoureux fou d'elle.

—Mais cependant, Denise, il ne me parle pas autrement qu'à toi ou à Gilberte, ne fait pas plus attention à moi qu'à vous… Tu exagères, tu t'abuses?

—Non! non! Il n'ose pas, voilà tout! Mais j'ai bien remarqué les coups d'oeil qu'il te lance à la dérobée, quel embarras il éprouve lorsqu'il est assis près de toi. Tiens, hier soir, il se trouvait entre nous deux: tu n'as pas vu comme il était intimidé, ne sachant que faire de son chapeau, répondant tout de travers?…

—En effet…, oui…

—Je suis certaine qu'il meurt d'envie de te déclarer sa flamme et de te conduire à l'autel!

—Oh!

—Il n'y a pas de oh! qui tienne. Il faut te sacrifier, ma chatte! C'est toi que le sort a désignée. Pour maman, pour moi, pour nous toutes… il faut te sacrifier!

Claire courba le front et laissa faire son aînée.

La semaine suivante, par une chaude après-midi de juillet, vers les quatre heures, Denise ayant à réparer, puis à amidonner et repasser un jupon, était demeurée seule dans la grande chambre de devant, tandis que sa mère et ses soeurs s'étaient réfugiées avec leur ouvrage dans un coin du jardin, sous un berceau de noisetiers, quand le lieutenant Debrolle vint à passer. Comme de coutume, il s'approcha de la fenêtre pour saluer ces dames et prendre de leurs nouvelles.