—Mais entrez donc! Vous n'allez pas demeurer là, par ce soleil?…

De prime saut, l'occasion lui parut on ne peut plus propice, faite à souhait pour l'entretien qu'elle voulait avoir avec le lieutenant. L'amener, le pousser à avouer son amour, se faire de gré ou de force sa confidente, lui laisser entendre que cette confidente ne demanderait pas mieux que de lui servir d'intermédiaire, le presser, le stimuler, lui promettre gain de cause, tel était le plan de Denise. Quels prodiges de tactique il lui fallut déployer pour attirer la conversation sur le chapitre du mariage, les inconvénients du célibat, les tristesses de l'isolement, le désolant spectacle d'une vieillesse solitaire! Et cependant Césaire Debrolle s'y prêtait de la meilleure grâce du monde, acquiesçait à tout, enchérissait même parfois. Certes oui, il était las de cette vie de vieux garçon, de vieux mollusque, surtout depuis qu'il habitait Popey… oui, depuis qu'il avait l'honneur… d'être reçu chez Mme Juvigny…, l'inappréciable bonheur de fréquenter…, de contempler…

Il y venait de lui-même, l'excellent M. Césaire.

—Ah! j'avais bien deviné! repartit Denise avec un malicieux et encourageant sourire. Mais pourquoi n'avez-vous pas eu plus de confiance? Pourquoi avoir attendu jusqu'à présent? Et encore il a fallu que je vous arrache cet aveu mot par mot!

—Chère demoiselle Denise! combien je vous sais gré… d'avoir eu pitié… balbutia Césaire, tremblant et rayonnant de joie. C'est depuis le premier jour… la première fois que je suis entré ici, que je vous ai vue… Vous étiez à cette même place, tenez… et j'ai éprouvé… j'ai… je vous ai aimée tout de suite!

Et il tomba aux pieds de Denise, lui saisit la main et y appuya pieusement et passionnément les lèvres.

—Moi!… moi! s'exclama-t-elle aussitôt en le repoussant avec une fébrile vivacité. Mais non, non!… Il ne s'agit pas de… C'était… Oh!…

Et elle s'enfuit, toute consternée et affolée.

* * * * *

Claire n'eut pas de peine à abjurer les espérances que sa soeur lui avait insinuées et imposées, et à se résoudre définitivement au célibat. Elle prolongea les stations qu'elle faisait matin et soir à l'église dans la chapelle de Notre-Dame du Guet, puisant dans ses ardentes effusions toutes ses forces et ses joies, et se consacra entièrement et sans retour à Marie, cette tendre Mère, et à son divin Fils, l'incomparable époux.