C'est à Mlle Newton que l'helléniste Boissonade adressait un jour ce reproche et ces très sagaces conseils:

«Vous ne savez pas lire. Vous lisez comme si vous mangiez des cerises. Une fois la lecture faite, vous ne pensez plus à ce que vous avez lu, et il ne vous en reste rien. Il ne faut pas lire toutes sortes de choses au hasard; il faut mettre de l'ordre dans ses lectures, y réfléchir, et s'en rendre compte[ [434]

Les notes recueillies par Mme de Tracy sont, au point de vue de l'étude et de la lecture, très dignes d'attention, des plus fructueuses, et prouvent bien qu'elle était loin d'«être bête».

«J'ai organisé mon travail, et je suis décidée à traduire tout de bon le livre des Offices de saint Ambroise, dont je n'avais fait que de courts extraits. Quel bonheur d'avoir de la volonté et de l'aptitude pour une occupation quelconque. Que de charme à voir là, devant moi, cette multitude de gros volumes que je n'aurai jamais le temps de lire jusqu'au bout!»

«...Je retire chaque jour de mes lectures un fruit inappréciable. Je goûte le bonheur d'avoir devant moi une occupation plus longue que la vie. Ne pas savoir se créer une occupation sérieuse lorsque la vieillesse commence, c'est vouloir mourir d'une mort anticipée. Que font de leur vie les femmes oisives, quand elles ne peuvent plus la dépenser dans le monde? elles la passent dans leur lit. La vieillesse est pour elles comme l'Enfer de Dante, à la porte duquel on laisse toutes les espérances[ [435].

«La vraie philosophie, écrit-elle encore[ [436], c'est de préférer ce qu'on a, et de voir toutes choses du bon côté. De même, le vrai Christianisme consiste à faire à tous les êtres animés, bêtes et gens, le plus de bien possible, et à attendre la mort sans crainte comme sans impatience.»

Une étrange particularité à signaler à propos de cette femme remarquable: «elle regretta si vivement son premier mari, le général Le Tort, qu'elle s'obstina à garder, assure-t-on, le cercueil du mort dans sa chambre à coucher, jusque dans les premiers temps de son second mariage[ [437]».

La PRINCESSE D'ISENGHIEN, Marguerite-Camille Grimaldi (1790-....)[ [438].

La DUCHESSE DE BERRY, Marie-Caroline, fille du roi de Naples Ferdinand Ier, mariée, en 1816, à Charles-Ferdinand de Bourbon, duc de Berry, deuxième fils du comte d'Artois, depuis Charles X (1798-1870).

Elle avait un esprit très vif et l'amour des lettres et des arts, remarque Eugène Asse, dans son étude sur les Bourbons bibliophiles[ [439]. Même après l'assassinat de son mari, frappé d'un coup de poignard par Louvel, à la porte de l'Opéra, en 1820, elle resta la protectrice des artistes et des gens de lettres. Sa collection de tableaux et la bibliothèque qu'elle s'était formée au château de Rosny, près de Mantes, furent également célèbres. Les événements de 1830 les dispersèrent l'une et l'autre.