Autres métaphores, dues, celles-ci, à Émile Souvestre (1806-1854): «Le souvenir de Cécile venait bien, de loin en loin, combattre ces amertumes, mais je l’écartais alors brusquement, comme on écarte la main d’un ami au moment du désespoir; ou bien, tournant la coupe du côté de l’absinthe, je cherchais dans ce souvenir lui-même un nouveau motif de mépriser les hommes... Mon cœur ressemblait à un nid de vipères, dressant contre le monde leurs gueules gonflées de venin.» (Deux Misères, p. 80-81; M. Lévy, 1859.)

Dans Un Philosophe sous les toits (p. 49; M. Lévy, 1857), Souvestre, comme nous l’avons noté déjà (Préambule, p. 10), dit qu’«il semble que chacun, surpris à l’improviste, perde le caractère...» Quand on est surpris, c’est généralement à l’improviste. C’est ce que Molière aussi a oublié dans Don Garcie de Navarre (V, 6):

...cette gaieté

Surprend au dépourvu toute ma fermeté.


IV

Alphonse Karr. Abus du tiret. — Galoppe d’Onquaire. — Jules Sandeau. Fréquentes comparaisons avec les animaux. — Barbey d’Aurevilly, jugé par Flaubert, par Champfleury.

Amédée Achard. Encore les comparaisons avec les serpents et autres animaux. — Eugène Fromentin. — Octave Feuillet. Le qualificatif adorable.

L’emploi très fréquent, presque à chaque ligne, du tiret ou moins (en langage typographique), et autrement que pour indiquer un changement d’interlocuteurs dans le dialogue, est une des singularités de style d’Alphonse Karr (1808-1890). Voyez, par exemple, son roman Raoul (M. Lévy, 1859): «On porte le cadavre dans sa chambre — on le met dans son lit; — Marguerite — s’assied près du lit, — reste les yeux fixés sur lui, — et ne prononce plus une parole, — n’entend rien, — ne répond à rien; elle est anéantie, — elle ne s’occupe de rien de ce qui se passe. — Le maire et un médecin viennent constater le décès, — on veut lui adresser quelques paroles de condoléance, — on ne les achève pas, tant il est visible qu’elle n’entend pas; — il semble qu’il y ait deux morts dans cette chambre.» (Page 313.) «... La douleur de Marguerite est calme, — elle attend; — elles n’évitent ni l’une ni l’autre de parler de Raoul; — loin de là, — elles s’entourent de tout ce qui le rappelle, — et en parlent sans cesse.» (Page 318.)

Et tout le volume et maints autres ouvrages d’Alphonse Karr sont ainsi émaillés de tirets inutiles.