Et dans une lettre à Maupassant (sans date, t. IV, p. 380): «Te souviens-tu que tu m’avais promis de te livrer à des recherches dans Barbey d’Aurevilly (département de la Manche). C’est celui-là qui a écrit sur moi cette phrase: «Personne ne pourra donc persuader à M. Flaubert de ne plus écrire?[43]» Il serait temps de se mettre à faire des extraits dudit sieur. Le besoin s’en fait sentir.»

Longtemps avant cette lettre, classée, dans la Correspondance de Flaubert, sous la rubrique de 1880, Champfleury avait commencé à faire et à publier de ces extraits. Dans son dernier chapitre du Réalisme (p. 286-320; M. Lévy, 1857), il s’est plu à relever tout ce qui l’avait choqué dans les deux volumes d’Une Vieille Maîtresse, et la liste de ses critiques occupe plus de trente pages. Je me contenterai d’une citation empruntée à cette copieuse étude: «Mme de Mendoze avait la lèvre roulée que la maison de Bourgogne apporta en dot, comme une grappe de rubis, à la maison d’Autriche. Issue d’une antique famille du Beaujolais, dans laquelle un des nombreux bâtards de Philippe le Bon était entré, on reconnaissait au liquide cinabre de sa bouche les ramifications lointaines de ce sang flamand qui moula pour la volupté la lèvre impérieuse de la lymphatique race allemande, et qui, depuis, coula sur la palette de Rubens. Ce bouillonnement d’un sang qui arrosait si mystérieusement ce corps flave et qui trahissait tout à coup sa rutilance sous le tissu pénétré des lèvres... était le sceau de pourpre d’une destinée.» (Une Vieille Maîtresse, t. I, p. 50; Lemerre, 1886.)

Dans un autre volume de Barbey d’Aurevilly, L’Amour impossible et La Bague d’Annibal (Lemerre, 1884), je rencontre deux phrases dignes également, et pour des motifs différents, d’être mentionnées:

«Il fut probablement décidé aussi par la beauté de cette blanche personne... Et comment n’eût-il pas plongé sa lèvre avec un certain frémissement dans l’écume légère et savoureuse de ce sorbet virginal?» (Page 93.)

«Sur bien des points, quoique sensibles, ces hommes se rapprochent des opinions de ce faux et abominable Prophète (Mahomet) qui n’eut sur les femmes que des idées dignes d’un conducteur de chameaux.» (Page 244.)

Dans Romanciers d’hier et d’avant-hier (Paul Féval, p. 115; Lemerre, 1904), Barbey d’Aurevilly écrit, avec sa hardiesse coutumière: «Beaumarchais avait dans le bec et dans l’esprit une vibrante paire de castagnettes, plus mordante que celles de toutes les mauricaudes de l’Espagne...»

Nous aurons occasion plus loin, dans le chapitre consacré aux Ecclésiastiques, de reparler de Barbey d’Aurevilly, à propos d’un jugement porté par lui sur Lacordaire.

***

Dans son roman Belle-Rose (librairie nouvelle, 1856), roman de cape et d’épée, qui, en son temps, a obtenu grand succès, Amédée Achard (1814-1875) abuse, lui aussi, des comparaisons empruntées à la faune terrestre.

«M. de Charny recule lentement comme un tigre vaincu.» (Page 446.)