Dans Madame Bovary (t. I, p. 30; 1re édition, Michel Lévy, 1857), Gustave Flaubert (1821-1880) nous dit que «le père Rouault vint apporter à Charles le paiement de sa jambe remise, soixante-quinze francs en pièces de quarante sous». 75 francs en pièces de 2 francs, problème qui paraît insoluble.
Plus loin (p. 141), nous lisons: «Il reçut pour sa fête une belle tête phrénologique, toute marquetée de chiffres jusqu’au thorax et peinte en bleu.» Une tête qui va jusqu’au thorax, encore une énigme difficile à déchiffrer.
Le costume de conseiller de préfecture décrit par Gustave Flaubert, dans un autre chapitre de Madame Bovary (t. I, chap. 8, p. 197, Fête des Comices): «Alors on vit descendre du carrosse un monsieur vêtu d’un habit court à broderies d’argent... Il était, lui, un conseiller de préfecture... M. le conseiller, appuyant contre sa poitrine son petit tricorne noir...», ce costume serait, d’après une lettre adressée au Figaro (numéro du 13 mars 1919) par «Un ancien conseiller de préfecture», tout à fait inexact: «Jamais, sous aucun régime, les conseillers de préfecture n’ont eu de broderies d’argent, mais des broderies bleues de deux nuances et un bicorne...»
Dans Bouvard et Pécuchet (p. 126; 1re édition, Lemerre, 1881), cette singulière peinture: «De couleur vert-pomme, sa chasuble, que des fleurs de lis agrémentaient, était bleu-ciel[45]».
Pages 299-300 du même ouvrage, Flaubert fait célébrer la messe de minuit «le soir du 26 décembre», c’est-à-dire le lendemain de Noël au lieu de la veille.
«Je voudrais que les gouttes de mon sang jaillissent jusqu’aux étoiles, fissent craquer mes os, découvrir mes nerfs.» (La Tentation de saint Antoine, p. 44; Charpentier, 1882.)
Des gouttes de sang qui font craquer les os, etc.?
Et que dites-vous de cette gentille petite phrase, cueillie dans une lettre adressée à Mme X... (Mme Louise Colet: Correspondance de Gustave Flaubert, t. II, p. 176): «Adieu, toi qui es l’édredon où mon cœur se pose, et le pupitre commode où mon esprit s’entrouvre»?
Il faut bien le reconnaître, malgré son très grand talent et ses minutieux et maladifs scrupules d’écrivain, et aussi malgré toute l’admiration qu’il nous inspire, les fautes de français (barbarismes et solécismes) abondent chez Gustave Flaubert. A l’époque de sa jeunesse, on étudiait mal ou plutôt on n’étudiait pas du tout notre langue dans les collèges et les lycées; on était censé l’apprendre à l’aide des versions latines, et Flaubert, sans s’en douter le moins du monde, garda toute sa vie et dans tous ses écrits des traces de cette ignorance.
Émile Faguet en a, de son côté, fait la remarque: «Flaubert n’était pas très sûr de sa langue. Il est resté un certain nombre de solécismes et de provincialismes dans Madame Bovary (Revue bleue, 3 juin 1899, p. 697).